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Faut-il enterrer le fonds en euros ?

Assurance-vie

Sep 10

Fut-il enterrer le fonds en euros ?

Star incontestée des placements financiers, le fonds en euros des contrats d’assurance-vie se trouve fragilisé par la baisse de son rendement et des évolutions réglementaires restrictives. Faut-il s’en inquiéter ?

 

Le fonds en euros, star incontestée des placements financiers

D’après l’Insee, le patrimoine net des ménages s’établissait aux alentours de 10 500 milliards d’euros en 2015. Il était constitué d’actifs immobiliers à hauteur de 61 % et d’actifs financiers pour 39 %.

Au sein des actifs financiers, l’assurance-vie représente (après les livrets d’épargne) un placement privilégié. Comme le souligne l’AMF dans sa cartographie des risques 2016, le patrimoine financier des ménages est investi en assurance-vie à hauteur de 1 659 milliards d’euros, dont 1 364 milliards d’euros (82 %) sur les seuls fonds en euros. Comment expliquer ce succès des fonds en euros ?

 

Rendement nominal et rendement réel des fonds en euros

Rendement nominal et réel du fonds en euros

source : AFER, Ocde. Le rendement des fonds en euros correspond à celui du fonds garanti en euros de l’AFER

 

Outre la fiscalité attractive de l’assurance-vie, les fonds en euros ont offert pendant plusieurs décennies un compromis intéressant entre le rendement et le risque. Hermétiques aux crises financières, ils ont délivré des rendements appréciables couplés à une garantie en capital (les versements et les intérêts sont définitivement acquis) et à une disponibilité immédiate. Il semblerait malheureusement que cette époque soit révolue.

Une érosion continue des rendements, aggravée par les taux négatifs

Les fonds en euros étant très largement investis dans des obligations d’État et d’entreprises, leur rémunération a faibli à mesure que les taux obligataires se réduisaient. La politique ultra accommodante menée par la BCE a d’ailleurs accentué ce déclin des taux obligataires.

 

Rendement des fonds en euros et taux d’intérêt des obligations d’État

Rendement assurance-vie

source : AFER, Ocde. Le rendement des fonds en euros correspond à celui du fonds garanti en euros de l’AFER. Le taux d’intérêt à long terme correspond au taux des obligations d’État à échéance de 10 ans.

 

Par ailleurs, les nouvelles normes prudentielles entrées en vigueur en 2016 (Solvabilité 2) participent au tassement du rendement des fonds en euros. Elles lient en effet les exigences en fonds propres au niveau de risque. Les compagnies qui souhaitent accroître les performances de leurs fonds en euros en prenant plus de risques devront donc accroître leurs fonds propres en conséquence. Cette contrainte pèsera inévitablement sur les rendements.

 
La composition-type d'un fonds en euros
  • 80 % d’obligations : C’est la matière première des fonds en euros classiques. Les assureurs détiennent aussi bien des obligations d’État que des obligations d’entreprises. La baisse de leur rendement est à l’origine de la diminution des performances de l’assurance vie.
  • 10 % d’actions : Quand les marchés boursiers sont en progression, les actions dopent les rendements des fonds en euros. Les fonds à gestion active y consacrent jusqu’à 30 % de leur portefeuille.
  • 5 % d’immobilier : Ce placement de long terme sécurise les fonds en euros et délivre un rendement supplémentaire. Les nouveaux fonds en euros immobiliers lui consacrent la quasi-totalité de leur actif.
  • 5 % de trésorerie :Pour honorer les demandes de rachat et les versements de capitaux aux bénéficiaires lors du décès de l’assuré, les compagnies gardent une poche de liquidité. Elle a tendance à augmenter, les assureurs voulant pouvoir saisir des opportunités sur les marchés.

source : Le Particulier

 

Face à l’effondrement des taux obligataires et à des normes prudentielles plus strictes, les compagnies d’assurance ont engagé différentes actions pour limiter l’érosion du rendement de leurs fonds en euros. Elles doivent en effet s’efforcer de maintenir l’attractivité de ces supports, sous peine de connaître des décollectes importantes.

  • Mobiliser leurs réserves (la Provision pour Participation aux Excédents) : les assureurs placent en réserve une partie des gains qu’ils réalisent, ce qui leur permet de lisser leurs performances. Dans un contexte de taux d’intérêt faibles, ces réserves sont parfois utilisées pour maintenir le rendement à un niveau compétitif par rapport aux fonds concurrents.
  • Limiter l’accès à leurs fonds en euros : Lorsque des épargnants placent sur un support en euros, l’assureur doit utiliser ces nouveaux encours. Dans le contexte actuel, il acquiert souvent des obligations proposant des taux extrêmement faibles. Il en résulte donc une dilution du rendement. En conséquence, certains assureurs limitent désormais l’accès à leurs fonds en euros et le conditionne à la souscription d’une certaine proportion d’unités de compte. Ils évitent ainsi l’impact négatif de l’accroissement des encours sur le taux de rendement (les sommes collectées sont investies sur de nouveaux actifs dont la rentabilité est inférieure à la celle des actifs en portefeuille).
  • Diversifier la composition des fonds en euros : face à des obligations d’Etat dont les rendements sont parfois négatifs, les compagnies d’assurance n’ont d’autre alternative que de modifier la composition de leurs fonds en euros. Si elles s’orientent de plus en plus vers des obligations d’entreprises, certaines n’hésitent pas à intégrer une part significative d’actions ou de SCPI. Ces nouveaux fonds en euros qui ambitionnent de surperformer les fonds en euros traditionnels connaissent néanmoins des résultats contrastés. Alors que les fonds en euros « immobiliers » se situent régulièrement parmi les plus performants, les fonds en euros « dynamiques » pâtissent des fluctuations boursières et affichent des rendements plus erratiques.

Ces différentes stratégies, qui peuvent se cumuler, ont conduit à un éparpillement des rémunérations. Alors que certains fonds en euros se situent déjà sous les 2 %, d’autres approchent 4 %. Dans un contexte de taux faibles et de renforcement des exigences de solvabilité, la course au rendement comporte néanmoins des risques amplifiés en outre par le risque d’une remontée des taux.

 
La Provision pour Participation aux Excédents

La Provision pour Participation aux Excédents constitue une réserve de bénéfices non distribués aux souscripteurs d’une assurance vie et mis de côté pour être redistribués dans un délai maximal de 8 ans après leur constatation.

Cette provision permet aux compagnies d’assurances de doper le rendement servi aux épargnants les mauvaises années. Pour mémoire, les assureurs sont tenus légalement de redistribuer au souscripteur d’un contrat d’assurance vie en euros au moins 85 % des bénéfices financiers (gains réalisés en plaçant l’épargne du titulaire du contrat) et 90 % des bénéfices techniques (résultant de la différence entre les frais prélevés par l’assureur et les frais réels).

source  Le Particulier

 

La remontée des taux, un risque majeur pour les fonds en euros

Lorsque les taux des obligations diminuent, les fonds en euros bénéficient d’une inertie favorable. Ils sont en effet composés d’obligations anciennes, dont les rendements sont supérieurs aux taux courants. En revanche, cet impact positif s’inverse si les taux augmentent. Les assureurs détiennent alors des obligations à des taux plus faibles, qui pénalisent le rendement de leurs portefeuilles. Le risque existe alors que les épargnants s’en détournent pour se porter vers des solutions plus rémunératrices. Les compagnies d’assurance pourraient alors se trouver confrontées à un problème de liquidité.

Compte tenu des risques associés à la concurrence sur la rémunération des fonds en euros et à une éventuelle remontée des taux, la loi Sapin 2 (qui devrait prochainement être adoptée) envisage des mesures fortes.

  • La concurrence que se livrent les compagnies d’assurance a conduit le législateur à doter le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) du pouvoir d’imposer à un assureur un taux plus bas que celui qu’il a fixé sur son fonds en euros. Cette mesure vise à dissuader les assureurs-vie de se lancer dans une bataille concurrentielle pouvant les conduire à proposer des rendements qu’ils ne peuvent plus atteindre.
  • Par ailleurs et afin d’éviter tout retrait massif lié à la remontée des taux d’intérêt, le HCSF, pourra aussi décider de suspendre ou limiter les retraits sur les fonds en euros. Il s’agit ici de prévenir le risque systémique d’une trop grande demande de liquidités des porteurs des contrats.

Si cet encadrement des taux et de la liquidité favorisent la stabilité financière, ils introduisent néanmoins des contraintes qui fragilisent les supports en euros. Ceux-ci se révéleront inévitablement moins attractifs.

Le fonds en euros est mort, vive les fonds en euros !

La lente et régulière décrue des taux obligataires et de l’inflation ont créé les conditions d’un âge d’or du fonds en euros. En délivrant un rendement réel significativement positif pendant plusieurs décennies, ce support s’est imposé comme une solution d’épargne incontournable, passe-partout et tout-terrain. Le niveau extrêmement faible atteint par les taux obligataires et l’arrêt inévitable de ce mouvement de baisse, couplés à plusieurs évolutions réglementaires, signent néanmoins la fin de cette période faste. A l’avenir, le fonds en euros ne sera plus ce placement universel proposant un rendement intéressant, une disponibilité à tout instant, et une garantie en capital.

Le fonds en euros est-il pour autant appelé à disparaître ? Probablement pas. Face aux contraintes qu’ils rencontrent, les assureurs ont adopté différentes stratégies qui ont conduit à sa mutation. Sa composition a évolué, et de nouveaux fonds sont apparus. Il en résulte une segmentation du marché, qui ne s’accompagne pas pour autant d’une désaffection des épargnants. Si l’hégémonie des fonds en euros « traditionnels » devrait cesser, les fonds « hybrides » pourraient s’y substituer. Des alternatives existent également, susceptibles d’attirer les épargnants.

Les conséquences de ces évolutions seraient plutôt à rechercher du côté des épargnants. Alors qu’ils pouvaient auparavant investir sans crainte sur un fonds en euros standard, ils devront à l’avenir choisir entre différents types de fonds en euros plus ou moins accessibles et plus ou moins risqués. Ils seront donc obligés de s’interroger sur leurs motivations, leur horizon temporel et leurs projets, afin de déterminer le support le plus approprié. Cette redécouverte des temps de l’épargne constitue une aubaine pour leurs conseillers (banquiers, assureurs, conseillers en gestion de patrimoine) qui auront là une occasion de prouver leur valeur ajoutée ;-).

En savoir plus

 

L’opinion.fr – Assurance-vie : la bombe cachée de la loi Sapin 2

L’Express / Votre argent – Vers la mort des fonds en euros de l’assurance vie ?

Le nouvel économiste.fr – Fonds en euros, toutes les bonnes choses ont une fin

L’AGEFI Actifs – Assurance-vie, la fin des Trente Glorieuses ?

cBanque – Fonds euros : comment les assureurs comptent inverser la courbe

LesEchos.fr – Assurance-vie : faut-il se détourner des fonds en euros ?