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2016 : la crise, c’est maintenant ?

Economie

Fév 13

Crise financière en 2016 ?

En ce début d’année 2016, la chute des bourses mondiales laisse craindre une nouvelle crise financière. Découvrez les multiples raisons d’être inquiet (liste non exhaustive).


Sommaire


Moins de 4 000 points en février 2016 contre 5 200 points en août 2015 … le CAC40 a perdu près de -25 % en 6 mois. Cette tendance baissière se retrouve sur les autres grands indices puisque depuis le 31 décembre 2015, les baisses se situent entre -8 % pour le Dow Jones (Etats-Unis) et -21 % pour le Nikkei (Japon). La baisse atteint -17 % pour le DAX (Allemagne) et -14 % pour le CAC40.

Ces corrections boursières annoncent-elles une crise financière prochaine ? En tout cas, les raisons de le craindre ne manquent pas.

CAC40 – février 2015 à février 2016

CAC 40 1 an - fevrier 2016

source : Investir

« Les crises financières désignent des perturbations sur les marchés bancaires et financiers qui conduisent à la défaillance d’établissements bancaires et financiers, avec un risque de propagation à l’ensemble du système financier de telle sorte qu’est mise en danger l’une au moins des trois fonctions clés du système financier : l’allocation du crédit et des capitaux, la circulation des moyens de paiement et l’évaluation des actifs financiers. Les plus graves ont des effets dépressifs importants sur l’activité économique. »

source :Dominique PLIHON, « CRISES FINANCIÈRES – Instabilité financière », Encyclopædia Universalis [en ligne]

Chine : crise de croissance et dévaluation du Yuan

La Chine constitue l’un des principaux moteurs de la croissance mondiale. Si l’économie chinoise ralentit, les économies des partenaires commerciaux de la Chine en seront affectées. L’Union Européenne ne sera pas épargnée et sa croissance pourrait s’en trouver réduite. Le milliardaire américain George Soros considère d’ailleurs que le ralentissement chinois pourrait provoquer une crise d’une ampleur supérieure à celle de 2008. Quelle est l’ampleur du ralentissement chinois ? Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, estime la croissance en Chine à 2 %. D’autres experts évoquent même une récession en se fondant sur des indicateurs telles la consommation d’électricité ou les immatriculations d’automobiles.

Or, si la Chine dévalue massivement sa monnaie pour relancer son économie, elle exportera sa déflation. L’industrie chinoise souffre en effet d’importantes surcapacités. Une dévaluation leur permettrait d’écouler cette production excédentaire sur les marchés internationaux, à faible prix. Outre un impact déflationniste, cette stratégie pénaliserait également les concurrents des industriels chinois qui pourraient alors être obligés de réduire leurs effectifs, voire de disparaître. Cette dévaluation pourrait par ailleurs être rendue nécessaire par la fuite des capitaux massive qui contribue à affaiblir le Yuan. Cette fuite traduit notamment l’inquiétude des acteurs économiques chinois sur la situation de leur économie.

Si la Chine souhaite maintenir la valeur de sa monnaie, elle doit puiser dans ses réserves de change. Outre que ces dernières ne sont pas illimitées, elles sont largement constituées d’obligations du Trésor américain voire d’états européens. En conséquence, la vente massive de ces obligations (soit le phénomène inverse du Quantitative Easing) pourrait provoquer une remontée des taux d’intérêt américains et européens.

Il est donc impératif que la Chine parvienne à stabiliser sa monnaie à un niveau suffisamment élevé pour ne pas exporter sa déflation, et suffisamment bas pour ne pas avoir à vendre massivement des obligations et provoquer une remontée des taux d’intérêt (qui pourrait provoquer un krach obligataire, cf. fin de l’article).

Pétrole : trop de baisse tue la baisse

La moindre croissance chinoise a contribué à la baisse de la demande pétrolière. L’offre s’est alors révélée surabondante et le prix du pétrole s’est effondré depuis mi-2014. Cette baisse des cours du pétrole eu un impact positif puisqu’elle a provoqué un allègement de la facture pétrolière des pays consommateurs, et donc un gain de pouvoir d’achat pour les ménages.

Cours du pétrole – Brent – février 2011 à février 2016

Cours du Brent 5 ans - fevrier 2016

source : Investir

Mais cette baisse des cours du pétrole a également accentué les pressions déflationnistes. Dans la zone euro, la faiblesse de l’inflation a ainsi conduit la BCE à s’engager dans une politique d’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) à partir de 2015. Cette baisse prolongée a également pénalisé les entreprises pétrolières, qui recourent largement à l’endettement. Si les prix devaient se maintenir à des niveaux très bas, des faillites pourraient se produire et impacter le secteur bancaire. Une crise financière pourrait alors s’enclencher. Il n’est pas exclu que cette inquiétude contribue à expliquer la forte chute des valeurs bancaires observée depuis le début de l’année 2016.

Enfin, la baisse du prix du pétrole déstabilise les pays producteurs. La Russie, l’Algérie, le Vénézuela, le Nigéria et les pays du Golfe … connaissent ainsi une contraction violente de leur rente pétrolière. Un phénomène de contagion n’est pas exclu, qui provoquerait un ralentissement de la croissance mondiale. Il est d’autant moins exclu que les prix resteront durablement bas.

Le Quantitative Easing

source : Dessine-moi l’éco

Etats-Unis : taux périlleux

La hausse des taux initiée par la Federal Reserve fin 2015 vise à restreindre les pressions inflationnistes et à retrouver des marges de manœuvre lors d’un nouveau cycle de ralentissement économique. Cette baisse des taux ne doit cependant pas casser la croissance. En conséquence, la Fed a attendu que le taux de chômage s’établisse autour de 5 % et que l’inflation (sous-jacente) soit proche de 2 % pour enclencher une remontée des taux. Par ailleurs, plusieurs indicateurs laissent à penser que l’économie des Etats-Unis pourra supporter un relèvement progressif des taux de la Réserve fédérale.

Néanmoins, certains économistes suggèrent que l’économie des Etats-Unis n’est pas aussi florissante que les statistiques la décrivent, et que la croissance pourrait y être bien plus faible. Dès lors, une hausse des taux pourrait provoquer une récession aux Etats-Unis.

Cette incertitude sur la santé de l’économie américaine conduit à une forte variabilité des marchés financiers. Or, si ces marchés venaient à se persuader que l’économie des Etats-Unis se trouve en fin de cycle et proche d’une récession, ils pourraient provoquer eux-mêmes cette récession. Un krach au Etats-Unis provoquerait en effet une chute de la consommation (en raison de l’« effet de richesse » négatif qu’il provoque) qui pourrait se transformer en récession.

Pays émergents : l’étau se resserre

Depuis plusieurs années, la Chine sert de locomotive économique pour les pays émergents. Son ralentissement les impacte donc directement. Or, de nombreuses grandes entreprises des pays émergents sont endettées en dollar. Si la demande qui leur est adressée est moindre et que le coût de leur endettement s’accroît en raison de l’appréciation du dollar, leur situation se fragilise. Prises entre le marteau chinois et l’enclume américaine, de grandes entreprises des pays émergents pourraient faire faillite et déclencher une crise financière.

L’argent a coulé à flots vers des pays émergents en pleine croissance, qu’il s’agisse de titres privés ou publics offrant de hauts rendements. Or, le climat d’incertitude et les risques qui pèsent sur l’économie et la finance mondiales incitent ces capitaux à revenir sur des placements plus sûrs. Ces mouvements compliquent les conditions de financement des émergents.

Zone Euro : le syndrome Japonais

La baisse des prix du pétrole et la baisse du yuan se cumulent pour accentuer les pressions déflationnistes à l’œuvre dans de nombreux pays européens, et provenant notamment d’après l’OCDE « des réformes structurelles destinées à stimuler la concurrence et à rétablir la compétitivité des pays périphériques »

Or, une déflation peut engendrer un cercle vicieux débouchant sur une contraction auto-entretenue de l’économie, dont il est particulièrement difficile de sortir. Le Japon nous le rappelle depuis 20 ans. La BCE a donc décidé de se lancer dans une politique de quantitative Easing, afin de remonter l’inflation et de relancer le crédit. Il semblerait malheureusement que l’impact sur les prix demeure limité, et que le risque inflationniste ne soit pas totalement écarté. En janvier 2016, l’inflation dans la zone euro s’établissait ainsi à +0,4 % sur un an. En France, elle n’était que de +0,2 %.

Si la zone euro doit éviter la déflation, elle doit aussi éviter le retour de l’inflation. Pourquoi ? Parce que cette inflation provoquerait une augmentation des taux d’intérêt qui pourrait être fatale à des pays dont la croissance demeure faible et l’endettement élevé.

La voie semble donc étroite pour la zone euro. Condamnée à une inflation faible, elle doit parvenir à retrouver une croissance suffisante pour se désendetter et réduire un chômage dont l’impact économique et social est dévastateur.

Il convient également de signaler un autre risque, qui concerne spécifiquement les banques européennes (italiennes et grecques, principalement). Leur situation inquiète en raison de l’incertitude qui entoure le montant réel de leurs créances douteuses. Dans le climat d’incertitude actuel, il serait dangereux que cette inquiétude se transforme en panique. Une crise financière se déclencherait au cœur du système bancaire européen et aurait vraisemblablement des conséquences sérieuses pour les pays concernés.

***

L’énoncé de tous ces risques n’incite pas à l’optimisme pour 2016. Certains, (dévaluation du Yuan en août 2015, effondrement du pétrole début 2016) ont d’ailleurs déjà impacté les marchés financiers.

Il est d’autant plus légitime d’être prudent qu’à tous ces risques qui peuvent déclencher une crise, il faut ajouter les masses de liquidités qui ont été déversées par les banques centrales suite aux politiques monétaires non conventionnelles. Ces liquidités se sont largement investies sur les marchés financiers, créant des bulles spéculatives sur les marchés obligataires et les marchés actions. Or, il n’est pas nécessaire que les risques énoncés se matérialisent pour que ces bulles explosent. Il suffit que les marchés financiers s’en persuadent. Dans ce cas, les bulles exploseront et leur prophétie s’auto-réalisera.

Peut-être n’y aura-t-il pas de crise financière en 2016. Il convient cependant de se montrer prudent dans ses investissements et ne pas exposer son épargne à des risques insupportables. Même si le pire n’est jamais certain, il semble de plus en plus probable. Mieux vaut prévenir que guérir.

 

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