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Economie : la France dans l’impasse

Economie

Oct 08

Economie : la France dans l'impasse

La France ne croît plus. Elle doit pourtant réduire ses déficits. Peut-elle y parvenir sans réformer en profondeur son modèle ou s’enfoncer dans la récession ? Pas sûr.

La France doit réduire son déficit budgétaire malgré une situation économique dégradée

La crise qui a démarré en 2007 a profondément impacté l’économie française. Depuis 2007, la croissance économique s’est établie en moyenne à 0,3 % par an, soit une division par près de 7 du rythme observé depuis 1990 (2 % par an). Cette absence de croissance a eu des répercussions négatives sur les ménages puisque le pouvoir d’achat s’est contracté depuis 2007.

Impact de la crise sur le PIB et le revenu des ménages
Taux de croissance moyen 1990-1999 2000-2007 2008-2013
PIB 2,0 % 2,1 % 0,3 %
Pouvoir d’achat
par unité de consommation
1,1 % 1,6 % -0,2 %
L’évolution du pouvoir d’achat par unité de consommation tient compte de l’évolution globale de la population et de celle de la composition des ménages.

Dans ce contexte où la croissance est en panne et le pouvoir d’achat des ménages en baisse, la France se voit pourtant contrainte de réduire son déficit budgétaire. Pourquoi ? Parce qu’elle s’y est engagée et qu’elle y est tenue par les traités européens qu’elle a signés (le dernier en date étant le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (fichier Pdf) signé le 2 mars 2012 et entré en application le 1er janvier 2013).

Or, la réduction du déficit public impose de réduire les dépenses publiques ou d’augmenter les recettes. Dans les deux cas, cela impacte négativement la croissance : comme les hausses d’impôts ou les baisses de dépenses ne sont pas compensées par une désepargne ou un recours à l’endettement, la demande des ménages (la consommation) et celle des entreprises (l’investissement) se réduisent. La réduction du déficit public freine donc la croissance.

Afin de ne pas tomber dans une spirale où la réduction du déficit réduit la croissance et nécessite une réduction supplémentaire du déficit, etc. une convergence trop rapide vers un déficit public de 3 % du PIB ne paraît pas souhaitable tant que la croissance n’a pas redémarré. Comme la France s’est engagée à atteindre cette cible en 2017, le ptempspresse. La croissance doit absolument s’enclencher en 2015 et accélérer en 2016.Si la croissance ne revient pas, les ajustements à réaliser pour tenir l’objectif de déficit seront douloureux. Ils risqueront par ailleurs de plonger la France dans la récession..

Des (fausses ?) pistes pour stimuler la croissance

Afin d’éviter d’avoir à réformer en profondeur notre modèle, le Gouvernement active donc plusieurs pistes pour relancer la croissance.

Une politique d’offre mal calibrée

Pour stimuler la croissance, le Gouvernement s’est engagé dans une politique d’offre visant à améliorer la compétitivité coût des entreprises. Le CICE et le Pacte de responsabilité sont les mesures phares de cette politique. Faut-il attendre des résultats de ces dispositifs ? S’ils peuvent se justifier, leurs résultats ne sont nullement garantis. Il semblerait d’ailleurs que le CICE bénéficie surtout aux entreprises qui en ont le moins besoin.

Un assouplissement quantitatif qui provoquera des bulles sur les marchés des actifs

La France se bat également pour que la BCE mette en place un assouplissement quantitatif, à l’instar de la Federal Reserve américaine.

  • Les capacités de crédit supplémentaires que procurera cet assouplissement quantitatif seront utilisées par les banques pour prêter aux entreprises et au ménages et faire repartir la croissance. Cet enchaînement est cependant peu probable en pratique car si les banques ne prêtent pas (ou peu), c’est parce qu’elles ne le souhaitent pas (elles le pourraient déjà).
  • Par ailleurs, la baisse de l’euro résultant de cet assouplissement permettra d’améliorer la compétitivité de la zone euro et de relancer l’inflation. L’excédent commercial dégagé par la zone euro représente cependant un frein à la baisse de l’euro.

L’effet principal d’un assouplissement quantitatif pourrait donc être finalement de favoriser l’apparition de bulles spéculatives sur les marchés d’actifs … qui devront éclater tôt ou tard.

Olivier Delamarche – Un avis tranché sur l’assouplissement quantitatif pratiqué par la Reserve Federal américaine

Un plan d’investissement Européen largement virtuel

Depuis quelques semaines, l’hypothèse de grands travaux financés par la Commission Européenne pour un montant de 300 milliards d’euros apparaît comme une nouvelle planche de salut. Au début de l’été, le nouveau Président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, a en effet annoncé aux députés européens sa volonté de mobiliser 300 milliards d’euros pour réaliser des investissements publics et privés lors les trois prochaines années. Or, ce plan d’investissement demeure encore flou. Et compte tenu de ses errements passés, il ne semble pas que la France soit en position de force pour en bénéficier autant qu’elle le souhaiterait.

***

Les espoirs d’un retour de la croissance à court terme risquent donc d’être déçus. Et ce n’est pas le dernier point de conjoncture de l’Insee (octobre 2014) qui incite à l’optimisme (fichier Pdf).

Nos gouvernants sont-ils des poules mouillées ?

Le modèle français doit être réformé, tout le monde le reconnaît. Son inefficacité dans des domaines majeurs (enseignement, santé, lutte contre le chômage) est avérée. Néanmoins, il n’est pas certain qu’une réforme sous pression soit la meilleure solution. Au vu des 40 dernières années et de l’incapacité de nos gouvernants à assumer leurs responsabilités, c’est malheureusement ce qui risque de se produire.