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Peut-on réduire le chômage sans croissance ?

Economie

Nov 17

Pôle emploi

Le taux de croissance à partir duquel le taux de chômage commence à diminuer est estimé à 1,5% pour le France. Or, ce taux de croissance ne sera vraisemblablement pas atteint avant plusieurs années. Doit-on dès lors se résigner et accepter un taux de chômage toujours plus haut ? Non.

1,5 % de croissance pour stabiliser le taux de chômage ?

Toutes choses égales par ailleurs, la croissance de la population active dégrade mécaniquement le taux de chômage (tous les entrants ne trouvent pas immédiatement un emploi) et l’augmentation de la productivité contribuent à réduire l’emploi (puisqu’il est possible de produire plus avec moins). Un certain niveau de croissance est donc nécessaire pour stabiliser l’emploi. C’est au-delà de ce niveau estimé aux alentours de 1,5 % par an pour la France que la croissance créé suffisamment d’emplois pour que le taux de chômage se réduise.

0,5 % de croissance pour absorber l’augmentation de la population active

En France, la population active augmente chaque année d’environ 150 000 personnes, essentiellement des jeunes qui entrent sur le marché du travail. Si l’emploi n’augmente pas, le nombre de chômeurs s’accroîtra d’autant. Une croissance de l’ordre de 0,5 % du PIB permet d’augmenter de 150 000 le niveau de l’emploi, et donc d’absorber l’augmentation de la population active.

Qu'est-ce que la population active ?

La population active se définit comme l’ensemble des personnes en âge de travailler qui sont disponibles sur le marché du travail, qu’elles aient un emploi (population active occupée) ou qu’elles soient au chômage (population active inoccupée). La population active exclut les personnes ne cherchant pas d’emploi, qui forment la population inactive (personnes au foyer, étudiants …).

Source : Wikipedia

1 % pour compenser les gains de productivité

Chaque année, la productivité augmente sous l’effet de différents facteurs (progrès technologique, meilleure formation de la population active …). En conséquence, il est possible de produire autant avec moins de facteurs de production (travail et capital). Pour compenser l’effet de la productivité, il est donc nécessaire de produire plus et que la croissance soit équivalente aux gains de productivité. En France, les gains de productivité sont estimés à environ 1 % par an. Une croissance de 1 % est donc nécessaire pour compenser l’impact sur l’emploi de cette efficacité accrue.

Une croissance de 1,5 % est donc nécessaire pour absorber la hausse de la population active et l’impact des gains de productivité. Cette relation entre le chômage et la croissance a été formalisée par Arthur Okun en 1962.

La loi d'Okun

La loi d’Okun décrit une relation linéaire empirique entre le taux de croissance (du PIB) et la variation du taux de chômage. En dessous d’un certain seuil de croissance, le chômage augmente ; au-dessus de ce seuil, il diminue. La loi d’Okun permet aux économistes de prévoir les effets d’un taux de croissance donné sur le chômage.

Source : Wikipédia

La croissance économique française doit donc atteindre 1,5 % pour que le taux de chômage se stabilise. Le taux de chômage augmente si la croissance est inférieure à 1,5 %. Il diminue si la croissance est supérieure à 1,5 %. Malheureusement, la croissance devrait s’établir aux alentours 0,4 % en 2014 et de 1 % en 2015. Ce n’est qu’en 2016 qu’elle pourrait atteindre un niveau permettant une baisse du chômage. Faut-il donc se résigner et accepter que le taux de chômage progresse jusqu’à ce que la croissance revienne ? C’est un pari d’autant plus risqué que l’hypothèse d’une croissance durablement (très) faible est avancée par de nombreux économistes.

Hors-la-loi (d’Okun)

Attendre 1,5% de croissance pour envisager une baisse du taux de chômage revient à accepter le fonctionnement et les structures de l’économie française tels qu’ils sont. Cela revient à protéger la population active en emploi au détriment de la population active au chômage. Cela illustre la désormais célèbre préférence française pour le chômage dénoncée par Denis Olivennes (étude à télécharger en Pdf sur le site de Michel Husson).

Or, des mesures conjoncturelles et/ou structurelles permettraient de créer des emplois sans attendre un retour de la croissance. Ces mesures renversent la priorité accordée à la rémunération de ceux qui sont en emploi en favorisant plutôt la sortie du chômage, fût-ce au détriment de la rémunération des personnes en emploi. Elles sont d’autant plus nécessaires que les politiques structurelles menées actuellement ne produiront leurs effets qu’à moyen terme et que le retour de la croissance est loin d’être garanti.

A court-moyent terme, la mise en place de contrats aidés dans le secteur public permet de réduire temporairement le nombre de chômeurs. Si cette solution peut faciliter l’accès au marché du travail et améliorer les chances de trouver un emploi, elle est cependant inefficace dans un environnement sans croissance où les emplois qui se créent sont rares. Dans un tel contexte, ces emplois visent alors surtout à maintenir l’employabilité des bénéficiaires et à réduire les chiffres du chômage.

A plus long terme, une politique visant à améliorer le fonctionnement du marché du travail et à faciliter les transitions entre chômage et emploi pourrait également impacter le taux de chômage. Mais il s’agit plutôt d’un effet indirect, l’effet principal étant plutôt de corriger la segmentation du marché du travail (dualité CDD/CDI) et de le fluidifier. Il en résulterait alors une croissance plus élevée et donc une diminution du taux de chômage. L’amélioration du fonctionnement du marché du travail ressort donc d’une politique visant à favoriser la croissance. Elle n’est pas directement créatrice d’emplois.

Les contrats aidés et l’amélioration du fonctionnement du marché du travail sont nécessaires mais pas suffisants.

L’urgence du partage

Dans un contexte de faible croissance, les richesses créées progressent peu. Une réduction substantielle du chômage implique dès lors inévitablement une réduction des rémunérations. Lorsqu’un gâteau doit être partagé entre un plus grand nombre de personnes, les parts sont forcément plus petites … mais tout le monde en a. Toute politique poursuivant l’objectif d’une réduction sensible du taux de chômage dans un contexte de faible croissance se heurte(ra) donc à de violentes réactions de rejet.

De telles politiques sont cependant impératives car les effets du chômage, et plus particulièrement du chômage de longue durée, sont dévastatrices. Le chômage de longue durée éloigne les chômeurs concernés de l’emploi. Ils risquent alors de ne pouvoir bénéficier du retour de la croissance. Une telle situation accroîtrait alors les inégalités et générerait vraisemblablement de fortes tensions sociales.

Trois politiques de partage peuvent être identifiées pour réduire plus ou moins significativement le chômage :

  • Le partage des rentes : il s’agit d’accroître la concurrence dans les secteurs protégés/réglementés. Cet accroissement de la concurrence provoquera une diminution des prix et un hausse de l’emploi (directement si le nombre d’acteurs s’accroît, indirectement comme conséquence de la baisse des prix et du pouvoir d’achat ainsi rétrocédé aux consommateurs). Cette réforme est plutôt populaire car elle s’attaque à des professions dont les revenus moyens sont élevés (notaires, pharmaciens) ou dont on déplore régulièrement le manque d’effectifs (taxis). Elle se révèle cependant particulièrement difficile à mettre en œuvre, et ses effets sur l’emploi sont limités ;
  • Le partage de la précarité : pour réduire le chômage, il est également possible de réduire le salaire minimum. Il en découlerait cependant un accroissement des travailleurs pauvres et donc une précarité accrue des salariés concernés. Des mesures compensatoires devraient certainement être envisagées, une allocation compensatrice ou pourquoi pas une embauche en CDI. Dans ce dernier cas, les salariés échangeraient une baisse de salaire contre une sécurité accrue. Une réduction du salaire minimum comporterait cependant de forts effets d’aubaine et ne serait acceptable qu’à condition que de réelles perspectives d’évolution salariale existent. S’il est inacceptable qu’un salarié soit rémunéré toute sa carrière au SMIC (actuel), il est impensable qu’il le soit à un niveau encore plus bas.
  • Le partage des richesses : une diminution de la durée du travail s’accompagnant d’une réduction équivalente des rémunérations semble finalement la meilleure solution (la réduction des seuls salaires est bien entendue exclue car elle ne crée pas directement des emplois). Par ailleurs, les effets d’aubaine sont limités. Si la mise en place des 35 heures a permis de créer des emplois malgré une compensation salariale, une réduction non compensée aurait un impact démultiplié. Compte tenu des réactions hostiles qu’elle provoquerait, il est néanmoins peu probable que cette mesure soit appliquée. Il s’agit pourtant de la seule mesure qui prouverait réellement que la priorité est accordée à la réduction du chômage (au détriment des rémunérations) et non plus au maintien des rémunérations (au détriment du chômage).

La croissance permet de réduire le chômage tout en accroissant les rémunérations de la population en emploi. Dans un contexte de faible croissance, il faut (malheureusement) arbitrer entre les rémunérations et l’emploi. Or en décidant d’attendre le retour de la croissance, l’arbitrage se fait implicitement en faveur des rémunérations.

Qui a dit « Ma priorité c’est l’emploi ? ». Tous nos gouvernants depuis l’apparition du chômage de masse … il y a quarante ans.

 

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