
Epargner consiste à différer l’usage d’une partie de son revenu afin de la rendre disponible plus tard. Pourquoi mettre cet argent de côté ? Pourquoi accepter une restriction présente en vue d’un avenir qui, par définition, demeure incertain ?
Sommaire
Epargner consiste à réduire un usage immédiat de ses ressources afin de constituer ou de préserver une réserve destinée à un emploi futur. Il s’agit donc de renoncer à une part de consommation présente en vue d’une utilisation ultérieure. Epargner n’est pas investir.
L’épargne entretient, à cet égard, un rapport étroit avec le crédit. Là où l’épargne consiste à différer une consommation ou un projet, le crédit permet au contraire d’utiliser immédiatement des ressources qui seront financées par des revenus futurs.
L’épargne comme le crédit relèvent ainsi d’un arbitrage intertemporel. Pourquoi arbitrer entre le présent et le futur ? Parce que les ressources disponibles ne sont pas illimitées. Il faut donc choisir non seulement ce qui sera consommé, mais aussi le moment auquel cette consommation interviendra.
Epargner revient à restreindre sa consommation courante. Pourquoi consentir à cette limitation et mettre de côté une partie de ses ressources ? Les motifs peuvent être très différents, et chacun appelle une logique propre.
Une première raison d’épargner consiste à se préparer à la réalisation d’un risque : maladie, accident, dépense imprévue, rupture temporaire d’activité. Si ce risque se matérialise, l’épargne accumulée permettra d’y faire face.
Cette fonction peut parfois être remplie, en tout ou partie, par l’assurance. La mutualisation du risque permet en effet d’en réduire le coût individuel. Ainsi, notre système de protection sociale obligatoire couvre déjà plusieurs risques, notamment la maladie, les accidents du travail, la vieillesse ou la famille. Il n’est donc pas toujours nécessaire d’accumuler une épargne importante pour des aléas déjà largement pris en charge.
L’épargne peut également avoir pour objet le financement de projets coûteux : acquisition d’un logement, études des enfants, voyage important, travaux, changement de véhicule. Dans ce cas, elle permet d’affecter progressivement des ressources présentes à une dépense future clairement identifiée.
Le recours au crédit constitue souvent l’alternative naturelle à cette forme d’épargne, en particulier lors de l’acquisition d’une résidence principale. La différence est simple : l’épargne finance le projet par des revenus déjà perçus, tandis que le crédit permet de le financer par des revenus à venir.
L’épargne peut aussi servir à constituer des réserves destinées à compenser une baisse future de revenus. Les allocations chômage et les pensions de retraite répondent déjà, en partie, à cet objectif. Lorsque ces revenus de remplacement apparaissent insuffisants ou incertains, un effort d’épargne complémentaire peut se justifier.
Les travailleurs indépendants sont, à cet égard, plus directement exposés. Ils ne bénéficient pas de l’assurance chômage dans les mêmes conditions que les salariés, et leur taux de remplacement à la retraite se révèle souvent plus faible. Leur besoin d’épargne de précaution et de long terme peut donc être plus marqué.
L’épargne peut enfin être constituée en vue d’une transmission. Dans ce cas, il ne s’agit plus seulement de préserver une marge de sécurité ou de financer un projet personnel, mais d’organiser le transfert futur d’une partie de son patrimoine au profit d’autres personnes.
Une telle démarche obéit à une logique particulière : les ressources épargnées ne sont pas destinées à être réutilisées par celui qui les accumule, mais à être conservées pour être transmises.
Il existe aussi une forme d’épargne plus modeste dans son objet, mais essentielle dans sa fonction : l’épargne de précaution. Elle vise à faire face à un imprévu ponctuel, à une dépense immédiate non anticipée, ou à une période temporairement difficile sans avoir à recourir au crédit dans l’urgence.
Cette épargne ne se substitue pas totalement à l’assurance, car certains incidents échappent à une couverture complète ou appellent une réponse immédiate. Elle a donc vocation à rester disponible, stable et facilement mobilisable.
Une épargne de précaution est généralement souhaitable, mais son niveau ne peut être fixé de manière entièrement uniforme. Il dépend de la stabilité des revenus, de la situation familiale, du statut professionnel, du niveau de charges fixes et de l’existence, ou non, d’autres réserves rapidement mobilisables. Une référence de quelques mois de dépenses courantes peut constituer un ordre de grandeur utile, à ajuster selon les situations.
L’épargne répond donc à des objectifs très différents. Avant d’épargner davantage, ou avant de conclure qu’il n’est pas nécessaire de le faire, il convient d’identifier clairement le but poursuivi.
Pourquoi faut-il s’interroger sur les objectifs de son épargne ? Parce qu’en l’absence de finalité claire, deux erreurs symétriques deviennent possibles : ne pas épargner lorsqu’une réserve serait nécessaire, ou épargner excessivement sans véritable justification.
Il est donc important d’épargner avec discernement et d’avoir une idée de la somme à constituer.
Définir précisément les objectifs de son épargne permet de réduire le risque d’épargner trop peu, ou au contraire plus qu’il n’est nécessaire.
Par ailleurs, chaque motif d’épargne possède son horizon propre et ses alternatives éventuelles. Il n’est, par exemple, guère utile d’accumuler durablement des liquidités pour couvrir des risques déjà correctement assurés. De même, l’épargne destinée à financer les études d’un enfant ne se gère pas selon les mêmes critères que celle qui vise à compléter des revenus à la retraite. S’interroger sur les motifs de son épargne permet donc aussi d’éviter des choix de supports inadaptés.
Epargner sans réflexion, ou remettre perpétuellement à plus tard toute décision en la matière, ne constitue généralement pas la meilleure voie. L’épargne gagne à répondre à des besoins identifiés, à des objectifs définis et à un horizon cohérent.
Epargner n’est pas une obligation abstraite. La nécessité d’épargner dépend étroitement de la situation de chacun. Certains bénéficient de dispositifs d’épargne salariale, d’une forte stabilité de revenus, d’un patrimoine déjà constitué ou de perspectives successorales favorables. D’autres, au contraire, doivent composer avec une protection sociale plus fragile, des revenus plus irréguliers ou une capacité d’endettement plus limitée.
La véritable question n’est donc pas de savoir s’il faut épargner en général, comme s’il existait une réponse universelle. Elle consiste plutôt à déterminer pourquoi épargner, dans quelle proportion, sur quel horizon et au détriment de quoi. Car l’épargne n’est jamais une fin en soi. Elle n’a de sens qu’en fonction de la sécurité recherchée, des projets envisagés, de la protection déjà disponible et des arbitrages acceptables entre présent et avenir.
Une réflexion sérieuse sur l’épargne conduit ainsi à dépasser l’opposition trop simple entre prévoyance et privation. Epargner ne consiste pas seulement à se restreindre aujourd’hui pour disposer de davantage demain. Il s’agit plus exactement d’organiser, avec lucidité, la répartition de ses ressources dans le temps.
En ce sens, l’épargne relève moins d’un réflexe vertueux que d’un choix raisonné. Lorsqu’elle est adaptée à une situation réelle et à des objectifs clairement formulés, elle protège, prépare et rend plus libre. Lorsqu’elle est accumulée sans motif précis, elle risque au contraire de devenir une habitude coûteuse, voire une immobilisation mal pensée de ressources utiles ailleurs.
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