Faut-il investir dans un ETF Monde ?

par Arnaud Sylvain | Construire une allocation

Jan 01

ETF Monde: utile ou futile ?

L’ETF Monde est souvent présenté comme une la solution idéale : simple, peu coûteux, diversifié. Cette réputation mérite néanmoins d’être nuancée : un ETF Monde n’est pas un portefeuille complet et le traiter comme tel peut exposer à de sérieuses déconvenues.

L’ETF Monde semble réunir ce que beaucoup d’investisseurs recherchent : la simplicité, la diversification, des frais réduits et une exposition aux grandes actions internationales. La promesse paraît presque trop simple. Il suffirait d’acheter un seul fonds, puis de laisser le temps produire ses effets.

Une telle apparente évidence mérite pourtant un examen rigoureux.

Un ETF Monde peut constituer une excellente solution, notamment lorsqu’il est couplé à un fonds en euros. Il peut aussi être mal compris, mal utilisé, ou choisi pour de mauvaises raisons. Il n’est ni un placement miracle, ni un simple effet de mode. Il s’agit d’un outil, dont la pertinence dépend de l’usage auquel il est destiné.

La bonne question n’est donc pas de savoir si un ETF Monde est bon ou mauvais en soi. La véritable question est plus exigeante : dans quelles conditions améliore-t-il réellement un portefeuille, et dans quels cas ne procure-t-il qu’une illusion de diversification ?

Qu’est-ce qu’un ETF Monde

Un ETF est un fonds coté en Bourse dont l’objectif consiste à répliquer un indice. Il ne cherche pas à anticiper les titres qui progresseront le plus demain. Il vise à suivre, avec la plus grande fidélité possible, un ensemble de valeurs défini à l’avance. L’ETF ne cherche pas à battre l’indice, il le réplique.

Lorsqu’il est question d’ETF Monde, deux indices doivent être distingués :

  • Le MSCI World, qui regroupe les grandes et moyennes capitalisations des pays développés — États-Unis, Europe, Japon, Australie, entre autres.
  • Le MSCI ACWI (All Country World Index), dont le périmètre est plus large : il inclut à la fois les marchés développés et les marchés émergents, tels que la Chine, l’Inde ou le Brésil.

Un ETF Monde n’investit donc pas nécessairement dans tousles marchés boursiers mondiaux.

Par ailleurs, ces indices sont pondérés par la capitalisation boursière. Les marchés les plus valorisés y occupent donc mécaniquement la plus grande place. Au sein du MSCI World, les États-Unis représentent aujourd’hui environ 70 % de l’indice, sous l’effet de la domination des grandes capitalisations technologiques américaines. L’investisseur qui croit acquérir une représentation équilibrée de l’économie mondiale se trompe. Il acquiert une photographie du pouvoir boursier mondial tel qu’il se présente à un moment donné.

Ce point n’a rien d’un défaut caché. Il correspond à la logique même de l’indice. Il faut nénamoins l’avoir clairement compris avant d’investir.

Pourquoi l’ETF Monde attire-t-il ?

Le succès de l’ETF Monde repose sur sa simplicité, son coût, et sa méthodologie de construction :

  • Au lieu de multiplier les arbitrages entre zones géographiques, secteurs ou styles de gestion, l’investisseur acquiert, en une seule ligne, une exposition large aux grandes actions internationales.
  • Les ETF indiciels sont structurellement moins coûteux que les fonds à gestion active. Or sur longue période, les frais réduisent mécaniquement la performance nette. Un fonds peu chargé en frais dispose donc d’un avantage durable.
  • L’indice procède lui-même à la répartition. Il devient inutile de s’interroger sans cesse sur la capacité de l’Europe à faire mieux que les États-Unis, ou sur l’opportunité de renforcer tel marché émergent. Bien des portefeuilles complexes obtiennent des résultats médiocres, non parce que les marchés seraient impénétrables, mais parce que leur construction manque de cohérence.
  • Un ETF Monde n’est pas un portefeuille complet

    Un ETF Monde peut constituer une excellente poche actions mais il ne constitue pas à lui seul un patrimoine équilibré. Il donne accès à une seule classe d’actifs : les actions cotées sur les marchés développés. Or la qualité d’un portefeuille ne dépend pas uniquement de la qualité de sa poche actions. Elle dépend surtout de l’articulation de ses grandes composantes : actions, obligations, fonds en euros, etc.

    Un excellent ETF inséré dans une mauvaise allocation reste une solution inadaptée. L’objectif n’est pas de détenir un fonds réputé pertinent. L’objectif est d’organiser un capital en fonction d’un horizon de placement, d’un besoin de liquidité, d’une capacité à supporter des pertes temporaires et d’une finalité patrimoniale. Ce cadre doit précéder le choix des instruments.

    Dans quels cas un ETF Monde est-il pertinent ?

    D’abord, lorsqu’un investisseur souhaite une exposition simple et large aux actions sans multiplier les paris géographiques.

    Ensuite, lorsqu’il souhaite limiter les erreurs d’allocation et la complexité de son portefeuille. au fil du temps, beaucoup de portefeuilles particuliers deviennent inutilement complexes : une ligne de S&P 500, une ligne d’Europe, une ligne de technologie, une ligne d’Asie, quelques fonds thématiques, puis divers ajouts dont l’utilité réelle devient difficile à discerner. L’ensemble est cmplexe et souvent redondant, déséquilibré et difficile à piloter. Un ETF Monde permet d’éviter cette dispersion.

    Enfin, lorsqu’il s’inscrit dans une perspective de long terme. Une poche d’actions mondiales implique d’accepter une volatilité parfois marquée. Elle ne prend pleinement son sens que si l’horizon de placement est suffisamment long pour absorber les phases de baisse sans transformer chaque correction en remise en cause de l’ensemble de la stratégie.

    Dans ces situations, un ETF Monde peut constituer une base solide. Il n’est pas parfait mais il se révèle souvent supérieur à des alternatives moins cohérentes.

    L’ETF Mond,e c’est la simplicité au service de la performance. C’est pourquoi il constitue une composante privilégiée du « Lazy Investing« .

    Dans quels cas il devient insuffisant

    Il devient insuffisant dès lors qu’il lui est demandé plus qu’il ne peut offrir.

    Un ETF Monde ne convient pas à celui qui recherche une véritable répartition entre plusieurs classes d’actifs. Il ne protège pas contre les baisses propres aux marchés d’actions — en 2008, le MSCI World a perdu près de 40 % en euros. Il ne joue pas le rôle d’une poche défensive. Il ne remplace ni des liquidités disponibles, ni des supports obligataires, ni un fonds en euros lorsque celui-ci remplit une fonction de stabilisation.

    Il ne répond pas davantage au besoin d’une diversification géographique plus intentionnelle. Certains investisseurs accepteront la forte pondération américaine de l’indice. D’autres préféreront une construction plus équilibrée entre les États-Unis, l’Europe, le Japon et les marchés émergents. Il ne s’agit pas d’opposer une vérité à une erreur. Il s’agit de définir un objectif d’allocation.

    Enfin, un ETF Monde peut devenir redondant dans un portefeuille déjà exposé à plusieurs fonds actions internationaux. L’ajout d’un ETF Monde à un ETF S&P 500 et à quelques fonds thématiques ne crée pas nécessairement de diversification. Il crée souvent une superposition confuse d’expositions très proches, sans que cette décision soit clairement perçue.

    ETF Monde ou S&P 500 ?

    La comparaison est fréquente. Elle est souvent mal formulée.

    Le S&P 500 concentre l’exposition sur les cinq cents plus grandes entreprises américaines. Le MSCI World ajoute les autres marchés développés, tout en conservant une place très importante aux États-Unis — environ 70 % de l’indice. La différence entre les deux n’oppose donc pas un fonds purement américain à un fonds parfaitement mondial. La réalité est plus nuancée.

    Choisir un ETF Monde plutôt qu’un ETF S&P 500 revient à accepter une diversification plus large à l’intérieur des marchés développés, avec une moindre concentration sur les États-Unis. Choisir le S&P 500 revient à assumer une exposition encore plus nette au marché américain, et donc à sa domination boursière.

    Détenir les deux simultanément présente souvent un intérêt limité. Dans bien des cas, une telle combinaison revient surtout à surpondérer encore davantage les États-Unis, sans que cette décision soit réellement intentionnelle.

    MSCI World ou MSCI ACWI ?

    Le choix dépend de la conception que chacun se fait de la diversification.

    Le MSCI World se limite aux pays développés. Il offre déjà une exposition large, liquide et relativement lisible. Pour beaucoup d’investisseurs, cela suffit largement.

    Le MSCI ACWI va plus loin en intégrant également les marchés émergents — qui représentent environ 10 à 12 % de l’indice selon les périodes. Son périmètre est donc plus étendu et plus proche d’une exposition réellement mondiale au sens financier du terme.

    Faut-il en conclure qu’il lui est systématiquement supérieur ? Pas nécessairement. Tout dépend de la place que l’investisseur souhaite accorder aux marchés émergents, et de la manière dont il entend doser cette exposition. Certains préféreront un ETF World complété, si nécessaire, par un ETF émergents distinct, ce qui permet de piloter séparément les deux composantes. D’autres préféreront la simplicité d’un seul ETF ACWI.

    Il n’existe pas de réponse universelle. Il existe un arbitrage entre la simplicité maximale et une construction plus fine.

    Ce qu’il faut vérifier avant d’investir

    Même lorsque le principe d’un ETF Monde a été retenu, plusieurs vérifications demeurent nécessaires.

    L’indice suivi doit être identifié avec précision. Le mot « Monde » ne désigne pas toujours la même réalité. Il faut vérifier s’il s’agit du MSCI World, du MSCI ACWI, ou d’une variante particulière.

    La méthode de réplication mérite également attention. Certains ETF répliquent physiquement l’indice en détenant les titres qui le composent. D’autres le répliquent de manière synthétique, au moyen de contrats d’échange conclus avec une contrepartie bancaire. Les deux approches existent et poursuivent la même finalité — suivre l’indice avec fidélité — mais elles n’impliquent ni les mêmes mécanismes, ni les mêmes risques résiduels.

    Le type de part doit également être compris. Une part capitalisante réinvestit automatiquement les revenus dans le fonds. Une part distribuante les verse périodiquement à l’investisseur. Ce choix influe sur la fiscalité et sur la manière dont le capital se reconstitue dans le temps.

    Il convient encore d’examiner les frais, la liquidité, la devise de cotation et l’enveloppe d’accueil. Un même ETF logé dans un Plan d’Épargne en Actions, une assurance vie ou un compte-titres ordinaire n’aura pas les mêmes implications fiscales. Un bon instrument placé dans une enveloppe inadaptée à l’objectif poursuivi peut devenir un choix médiocre.

    Comment bien utiliser un ETF Monde

    La meilleure manière d’utiliser un ETF Monde consiste à lui attribuer une fonction précise dans le cadre d’une allocation plus large.

    Sa fonction n’est pas de constituer, à lui seul, l’ensemble du portefeuille. Sa fonction est de former la poche actions internationale d’un ensemble cohérent. Dès lors que ce rôle est clairement défini, le reste devient plus lisible : quelle part du patrimoine doit être exposée aux actions ? Quelle part doit rester plus stable ? Quelle part doit demeurer disponible à court terme ?

    Cette démarche impose de raisonner dans le bon ordre. Le point de départ n’est pas le produit. Le point de départ est l’architecture d’ensemble.

    Un investisseur prudent pourra donner à l’ETF Monde une place modérée, entourée d’actifs plus défensifs. Un investisseur plus offensif, disposant d’un horizon long et d’une forte capacité à supporter la volatilité, pourra en faire une brique centrale. Dans les deux cas, ce n’est pas l’ETF qui décide de la juste proportion. C’est le cadre patrimonial qui la commande.

    Alors, faut-il investir dans un ETF Monde ?

    La réponse est nécessairement nuancée.

    Oui, souvent. Un ETF Monde peut offrir une base simple, large et efficace à une poche actions de long terme. Il permet d’éviter bien des erreurs de sélection, bien des complications inutiles, bien des constructions artificiellement sophistiquées qui finissent par nuire à la lisibilité comme à la performance.

    Non, s’il lui est demandé ce qu’il ne peut pas fournir. Non, s’il est présenté comme une solution complète d’allocation. Non, s’il est confondu avec un portefeuille diversifié au sens plein du terme.

    Un ETF Monde n’est pas un placement miracle. C’est une excellente brique de portefeuille, à condition de lui demander exactement ce qu’il peut donner — et rien de plus.