Le plan d’épargne retraite individuel, souvent appelé PERIN, permet de constituer une épargne pour compléter ses revenus à la retraite. Les versements peuvent réduire le revenu imposable. En contrepartie, l’argent reste immobilisé jusqu’à la retraite, sauf déblocage anticipé prévu par la loi. Comprendre ce placement suppose d’examiner les versements, les investissements et les modalités de sortie, ainsi que les règles propres aux indépendants et à la transmission au décès.

Ouvrir et alimenter un PER individuel
Le PER individuel est accessible aux personnes majeures, salariées, indépendantes, sans activité ou retraitées. Il se souscrit à titre personnel auprès d’un organisme habilité, directement ou par l’intermédiaire d’un courtier ou d’un distributeur. L’intermédiaire commercialise le plan ; sa tenue relève de l’organisme auprès duquel il est ouvert.
Il existe sous deux formes : assurantielle, avec notamment des fonds en euros et des unités de compte, ou bancaire, sous la forme d’un compte-titres. Cette distinction concerne les investissements accessibles, mais aussi la transmission au décès.
Les versements peuvent être ponctuels ou programmés. Vous pouvez les augmenter, les réduire ou les suspendre selon votre capacité d’épargne. Les minimums éventuels sont fixés par le contrat. Il n’existe pas de plafond légal de versement : c’est la déduction fiscale qui est plafonnée.
Cette liberté est utile lorsque les revenus varient. Elle suppose toutefois de conserver, à côté du plan, une épargne disponible pour les dépenses imprévues.
Trois compartiments pour conserver l’origine des sommes
Le PER individuel peut recevoir votre épargne nouvelle et des transferts d’anciens dispositifs, notamment un PERP, un contrat Madelin ou un plan d’entreprise. Les sommes sont réparties dans trois compartiments :
| Compartiment | Sommes accueillies | Sortie à la retraite |
|---|---|---|
| Versements volontaires | Vos cotisations personnelles, déduites ou non du revenu imposable | Capital, rente ou combinaison des deux |
| Épargne salariale | Participation, intéressement et abondement, notamment, transférés depuis un dispositif d’entreprise | Capital, rente ou combinaison des deux |
| Cotisations obligatoires | Versements obligatoires de l’employeur et du salarié, transférés depuis un régime d’entreprise | Rente, avec une possibilité de conversion en capital pour les petites rentes répondant aux conditions réglementaires |
Une option irrévocable pour la rente prise auparavant peut limiter les possibilités de sortie en capital.
Dans un PER individuel, les deux derniers compartiments sont alimentés par transfert. Ils conservent leurs règles propres : regrouper son épargne ne rend pas toutes les sommes fiscalement identiques. Un transfert ne donne pas droit à une nouvelle déduction.
Lors du versement : quelle déduction fiscale ?
Les cotisations volontaires peuvent être déduites du revenu imposable. Il s’agit d’une déduction du revenu, pas d’un remboursement de la somme versée.
Un versement de 1 000 € procure ainsi une économie d’impôt de 300 € si la totalité de la déduction porte sur des revenus imposés à 30 %. À 11 %, l’économie est de 110 €. En contrepartie, les sommes déduites seront imposées lors de leur récupération.
Combien peut-on déduire ?
Pour les versements de 2026 déduits du revenu global, le plafond annuel de base correspond à 10 % des revenus professionnels de 2025, nets de frais professionnels, avec un maximum de 37 680 € et un minimum de 4 710 €. Ce plafond est ensuite ajusté, notamment pour tenir compte de certaines cotisations de retraite d’entreprise et des droits inutilisés. Le montant personnalisé figure sur l’avis d’impôt.
Les plafonds inutilisés calculés à partir de 2026 sont reportables pendant cinq ans. Ceux des années antérieures restent soumis au délai de trois ans. Le reliquat du plafond 2026 pourra donc être utilisé jusqu’en 2031.
Les couples mariés ou pacsés soumis à imposition commune peuvent mutualiser leurs plafonds. Cette possibilité cesse à compter de l’année suivant celle où l’un des deux atteint 70 ans.
Que change le seuil de 70 ans ?
Depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués à partir du 70e anniversaire ne sont plus déductibles. Ils relèvent à la sortie du régime des versements non déduits : en capital, les sommes correspondant aux cotisations sont exonérées d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ; seuls les gains sont taxés.
Avant 70 ans, vous pouvez aussi choisir de ne pas déduire un versement. Cette option doit être indiquée au gestionnaire au moment de l’opération.
Indépendants : quelle déduction choisir ?
Un travailleur non salarié imposé au réel peut déduire ses versements de son revenu professionnel, ou choisir la déduction du revenu global. Le même versement ne peut pas bénéficier des deux.
Pour la déduction professionnelle, le plafond 2026 repose sur 10 % du bénéfice, retenu dans la limite de huit plafonds annuels de la Sécurité sociale, auxquels s’ajoutent 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre un et huit plafonds. Le plancher est de 4 806 €, et le maximum de 88 911 €, avant les ajustements liés aux autres cotisations concernées.
La différence ne porte pas seulement sur les montants : le report des plafonds inutilisés concerne la déduction du revenu global ; il ne s’applique pas au plafond professionnel. Le choix dépend donc du bénéfice de l’année et des plafonds personnels encore disponibles.
Pour un micro-entrepreneur, la déduction s’effectue sur le revenu global imposable du foyer, après calcul du revenu professionnel avec l’abattement forfaitaire. Elle ne se retranche pas directement du chiffre d’affaires. En cas de versement libératoire, elle ne réduit pas l’impôt calculé sur ce chiffre d’affaires ; son intérêt dépend alors des autres revenus soumis au barème.
Pendant l’épargne : comment l’argent est-il investi ?
Le PER individuel n’offre pas un rendement unique. Son résultat dépend des supports choisis et des frais prélevés.
Dans la forme assurantielle, le fonds en euros comporte une garantie du capital, dont il faut vérifier le niveau et le traitement des frais. Les unités de compte investissent notamment en actions, en obligations ou dans l’immobilier. Leur valeur peut baisser.
En gestion libre, vous choisissez les supports. En gestion pilotée à horizon, le gestionnaire adapte la répartition au temps restant avant la retraite, avec une réduction progressive du risque. Sauf choix contraire de votre part, la gestion pilotée s’applique par défaut, avec le profil « équilibré horizon retraite ». Cette organisation ne garantit pas l’absence de pertes.
Les frais sur versement, les frais annuels du plan et ceux des fonds se cumulent. Une comparaison utile porte donc sur le coût total, la diversité des supports et leur adéquation avec la date prévue des retraits.
Au-delà des frais, les supports accessibles et les modes de gestion proposés pour votre plan d'épargne retraite doivent être examinés en fonction du temps restant avant les premiers retraits et du risque que vous acceptez de prendre.
Avant la retraite : quand peut-on récupérer l’épargne ?
Le déblocage anticipé est autorisé uniquement dans les cas prévus par la loi. Il concerne l’achat de la résidence principale et des situations précises liées aux accidents de la vie :
- le décès du conjoint ou du partenaire de Pacs ;
- l’invalidité de deuxième ou troisième catégorie du titulaire, de ses enfants, de son conjoint ou de son partenaire de Pacs ;
- une affection grave, un handicap ou un accident d’une particulière gravité touchant un enfant à charge ;
- le surendettement du titulaire ;
- l’expiration de ses droits à l’assurance chômage. Un cas particulier concerne les anciens mandataires sociaux : ils doivent être sans contrat de travail ni mandat social depuis au moins deux ans après la fin de leurs fonctions, et ne pas avoir liquidé de pension dans un régime obligatoire d’assurance vieillesse ;
- la cessation d’une activité non salariée à la suite d’un jugement de liquidation judiciaire, ou certaines situations justifiant un déblocage demandé par le président du tribunal de commerce dans le cadre d’une procédure de conciliation.
Ces situations répondent à des conditions légales précises et doivent être justifiées auprès du gestionnaire.
Deux régimes fiscaux doivent être distingués :
- Achat de la résidence principale : pour les versements volontaires, la fiscalité est celle d’une sortie en capital à la retraite. Les droits provenant de cotisations obligatoires ne peuvent pas être débloqués pour ce motif.
- Accidents de la vie prévus par la loi : les versements récupérés sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Les gains sont exonérés d’impôt sur le revenu, mais restent soumis aux prélèvements sociaux.
À la retraite : récupérer un capital ou percevoir une rente ?
L’épargne devient disponible à la liquidation de la pension ou à l’âge légal de départ à la retraite. Vous n’êtes pas obligé de la retirer immédiatement.
Dans les limites propres à chaque compartiment, présentées plus haut, le choix dépend de l’utilisation prévue. Le capital permet de financer un projet ou de compléter progressivement ses revenus par des retraits fractionnés. La rente procure un revenu jusqu’au décès, en échange de l’abandon de la libre disposition du capital converti. Une réversion peut prolonger tout ou partie des paiements au profit d’un bénéficiaire.
Quelle fiscalité sur les versements volontaires ?
En cas de sortie en capital :
| Traitement des versements à l’entrée | Part correspondant aux versements | Part correspondant aux gains |
|---|---|---|
| Versements déduits | Barème de l’impôt sur le revenu, sans abattement de 10 % ni prélèvements sociaux | Prélèvement forfaitaire de 31,4 % en 2026, ou option globale pour le barème de l’impôt sur le revenu, auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux |
| Versements non déduits | Exonération d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux | Même fiscalité des gains |
Le taux de 31,4 % comprend 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. L’option pour le barème remplace uniquement l’imposition forfaitaire de 12,8 % : les prélèvements sociaux restent dus. Cette option est globale : elle concerne l’ensemble des revenus et gains entrant dans son champ pour l’année.
Un retrait important de versements déduits peut faire augmenter votre tranche d’imposition : fractionner les retraits permet d’en répartir l’effet sur plusieurs années.
En rente, les versements déduits conduisent à une imposition selon le régime des pensions, avec l’abattement de 10 % dans sa limite annuelle. Pour les versements non déduits, seule une fraction de la rente est imposable, déterminée par l’âge au premier versement de la rente : notamment 40 % entre 60 et 69 ans, puis 30 % à partir de 70 ans.
Dans les deux cas, que les versements volontaires aient été déduits ou non, les prélèvements sociaux portent sur une fraction de la rente déterminée selon cet âge. Leur taux est de 18,6 % en 2026.
En cas de décès : que devient l’épargne ?
Avant conversion en rente, le traitement dépend de la forme du plan.
Dans un PER individuel bancaire, l’épargne entre dans la succession. Dans un PER individuel assurantiel, elle est versée aux bénéficiaires désignés, avec une fiscalité fondée sur l’âge du titulaire au décès :
- Avant 70 ans : un abattement de 152 500 € par bénéficiaire s’applique. La fraction taxable, après cet abattement, est soumise à un prélèvement de 20 % jusqu’à 700 000 €, puis de 31,25 % au-delà.
- À partir de 70 ans : le capital et les gains sont soumis aux droits de succession après un abattement global de 30 500 €.
Ces abattements se partagent avec les autres contrats soumis aux mêmes règles. Le conjoint ou partenaire de Pacs bénéficiaire est exonéré.
Après conversion en rente, la transmission dépend des garanties choisies : réversion, annuités garanties ou autre protection prévue au contrat. Une rente simple s’arrête au décès.
Choisir le PER individuel pour son usage futur
Un PER individuel doit correspondre à un objectif précis : disposer d’un capital, compléter sa pension ou organiser des retraits progressifs. Le montant immobilisé, les investissements et les frais doivent être cohérents avec cet objectif.
La déduction fiscale fait partie de cette réflexion, mais elle se juge avec l’impôt qui sera payé lors des retraits. Pour approfondir ce point : PER : dans quels cas l’avantage fiscal à l’entrée est-il réellement pertinent ?