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Titulaire d'un master en gestion de patrimoine et docteur en économie. En savoir plus

Fév 14

Assurance vie : avantages et inconvénients d’un placement populaire

par Arnaud Sylvain | Assurance-vie

Assurance vie: avantages et inconvénients d'un placement populaire

L’assurance vie est un placement populaire qui a de multiples avantages. Mais connaissez-vous ses inconvénients ?

 


Synthèse rapide : Atouts et Points de vigilance

Avantages de l’Assurance Vie Inconvénients et Risques
Fiscalité privilégiée : Abattements après 8 ans et cadre hors succession. Frais stratifiés : Frais d’entrée, de gestion et sur unités de compte (UC).
Disponibilité : L’argent reste liquide via rachats ou avances. Complexité : Nécessite une gestion active pour battre l’inflation.
Diversité : Accès aux fonds euros, ETF, SCPI et fonds ISR. Transfert partiel : Mobilité limitée à l’assureur actuel (Loi Pacte).

 

L’assurance vie est un placement prisé des Français puisque 41 % des ménages détiennent au moins un contrat d’assurance vie. En 2026, l’encours global de ces contrats a franchi la barre symbolique des 1 950 milliards d’euros.

À titre de comparaison, plus de 80 % des ménages détiennent un livret défiscalisé (Livret A, Ldds, etc.) mais l’encours de ces livrets reste inférieur à celui de l’assurance vie, témoignant de la confiance des épargnants dans ce véhicule de long terme.

Souplesse, fiscalité, transmission : Les avantages de l’assurance vie

Pourquoi les ménages investissent-ils autant d’argent dans l’assurance vie ?

Parce que l’assurance vie présente plusieurs avantages. Vous les connaissez certainement, mais il est utile de les rappeler.

  • La souplesse : Tout versement initial peut être complété par des versements complémentaires, réguliers ou non. Il est également possible de clore un contrat ou d’effectuer des retraits (rachats) à tout moment (contrairement au PER par exemple, où les fonds sont bloqués jusqu’à la retraite). Par ailleurs, il est parfois possible de disposer d’une avance. C’est un mécanisme qui permet d’emprunter une somme auprès de l’assureur et d’éviter ainsi un rachat partiel.
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    L’avance en assurance vie

    Qu’est-ce qu’une avance ?

    L’avance est un prêt. En cas de besoin temporaire de liquidités, le souscripteur d’un contrat d’assurance vie peut demander à la compagnie d’assurances de lui avancer le montant nécessaire. Le montant de l’avance correspond à une fraction de la valeur du contrat d’assurance vie et ne peut dépasser une part fixée dans les conditions générales.

    Comme l’avance est un prêt, la valeur de rachat du contrat est inchangée et n’est pas diminuée du montant de l’avance. L’avance ne modifie pas non plus l’allocation d’actifs (vos fonds continuent de produire des intérêts sur 100% du capital).

    Quel est le taux de l’avance ?

    Le taux d’intérêt appliqué est généralement le rendement du fonds en euros majoré de 1 ou 2 points. Ce coût peut être compensé par la rémunération des sommes laissées sur le contrat. Attention néanmoins, si le contrat subit des moins-values sur les unités de compte, cela accroîtra le coût relatif de l’avance.

    Rachat ou avance ?

    Lors d’un rachat, vous payez l’impôt sur les plus-values. En cas d’avance, il n’y a pas de fiscalité car c’est un prêt destiné à être remboursé. C’est un outil de gestion de trésorerie extrêmement efficace.

     

  • La possibilité de se constituer un capital à long terme grâce à des supports variés.
  • Contrairement au livret A, un contrat d’assurance vie est un véritable produit d’investissement. Vous pouvez accéder à des fonds en euros sécurisés, mais aussi à des Unités de Compte (UC) comme des ETF (trackers), des SCPI (immobilier) ou des fonds labellisés ISR (Investissement Socialement Responsable).
  • La fiscalité est l’atout majeur : les gains ne sont pas imposables tant qu’ils restent dans le contrat. Après 8 ans, vous bénéficiez d’abattements annuels importants sur les plus-values lors de vos retraits.
  • À noter : la fiscalité avantageuse après 8 ans ne signifie pas que les rachats sont exemptés d’impôt, mais que les plus-values bénéficient d’un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple. Au-delà, les gains sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 7,5 % pour les versements antérieurs à septembre 2017, ou à un taux dégressif selon la date des versements et le montant total des encours. Ce mécanisme récompense donc les épargnants patients et ceux qui effectuent des rachats progressifs plutôt qu’un retrait global.

Vidéo : La fiscalité de l’assurance vie

La fiscalité de votre contrat d’assurance vie
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Investir ou épargner : quelle différence ?

Épargner, c’est mettre de côté pour plus tard. Vous pouvez épargner par précaution ou pour financer un projet. Investir, c’est placer pour obtenir du rendement. L’assurance vie permet de faire les deux au sein de la même enveloppe.

 

  • Liquidité et disponibilité. Votre argent n’est pas bloqué 8 ans. Vous pouvez récupérer vos fonds rapidement. Ce caractère liquide est un avantage majeur face à l’immobilier physique où la revente est longue et coûteuse.
  • Une transmission optimisée. Les primes versées avant 70 ans bénéficient d’un abattement de 152 500 € par bénéficiaire. C’est un outil hors pair pour transmettre un capital avec une taxation réduite, voire nulle.

Le transfert de contrat : Ce que change la Loi Pacte

On entend souvent que l’on est « prisonnier » de son assureur. C’est de moins en moins vrai. Grâce à la Loi Pacte, vous pouvez désormais transférer votre épargne vers un contrat plus récent ou moins cher, à condition de rester chez le même assureur. Cela permet de moderniser son contrat (accès aux ETF, meilleurs frais) sans perdre l’antériorité fiscale de son épargne.

Un point de vigilance cependant : cette portabilité reste limitée au périmètre d’un même assureur. Si votre compagnie actuelle ne propose pas de contrat performant avec accès aux ETF et des frais de gestion compétitifs (idéalement inférieurs à 0,6 % par an sur les unités de compte), vous ne pouvez pas transférer votre épargne vers un assureur concurrent sans déclencher une fiscalité sur les plus-values accumulées. Dans ce cas, la question mérite d’être posée : vaut-il mieux supporter la fiscalité du rachat aujourd’hui pour accéder à un meilleur cadre sur le long terme ? La réponse dépend de l’horizon de placement et du montant des plus-values latentes.

Vidéo : les avantages de l’assurance vie

L’assurance-vie
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Les inconvénients de l’assurance vie : de mauvais contrats mal utilisés

Les inconvénients souvent cités sont réels, mais ils résultent souvent d’un mauvais choix de contrat au départ :

À ces inconvénients, on peut ajouter deux angles souvent négligés. D’abord, la comparaison avec le PEA : pour un épargnant qui souhaite investir uniquement en actions européennes ou en ETF actions, le Plan d’Épargne en Actions est souvent plus efficace. Ses frais sont généralement inférieurs, et sa fiscalité après 5 ans est équivalente voire meilleure. L’assurance vie prend l’avantage dès lors que l’on souhaite diversifier sur des supports non éligibles au PEA (SCPI, fonds obligataires, ETF monde, etc.) ou préparer une transmission. Ensuite, le délai de règlement en cas de décès : bien que l’assurance vie soit hors succession, les compagnies disposent légalement d’un délai d’un mois pour verser le capital aux bénéficiaires après réception des documents complets. En pratique, ce délai peut s’étirer si le dossier est incomplet ou si le bénéficiaire est difficile à localiser.

Des contrats qui vous tirent vers le bas

La grande majorité de l’encours français est captée par des contrats bancaires d’entrée de gamme médiocres. Le vrai gagnant est alors l’assureur, qui prélève des frais à tous les étages. À l’opposé, les contrats « en ligne » proposent souvent 0% de frais sur versement et des frais de gestion réduits.

L’assurance vie, un outil complexe

En termes de transmission : bien rédiger une clause bénéficiaire est crucial. Une erreur de rédaction peut rendre caduque l’optimisation fiscale ou créer des tensions familiales. Mieux vaut consulter un professionnel pour les clauses complexes.

En termes de constitution de patrimoine : Pour obtenir du rendement en 2026, il faut s’exposer aux marchés financiers. Mais cela nécessite de connaître sa tolérance au risque.

Le couple rendement-risque
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Sans stratégie claire, l’épargnant risque deux erreurs classiques :

  • Le 100% fonds en euros : sécurité totale mais rendement réel proche de zéro après inflation.
  • L’investissement « au petit bonheur la chance » : sans diversification réelle, ce qui mène souvent à la panique lors des premières secousses de marché.

Un troisième écueil mérite d’être mentionné : la gestion pilotée. De nombreux contrats proposent une délégation de gestion à un gestionnaire professionnel, en contrepartie de frais supplémentaires. Si cette option peut convenir aux épargnants qui ne souhaitent pas s’impliquer, il faut s’assurer que les performances nettes de frais justifient ce surcoût. Une gestion pilotée facturée 0,3 % par an en plus des frais courants peut sembler modeste, mais représente sur 20 ans un écart de performance significatif par rapport à une allocation simple en ETF gérée soi-même.

Risque assureur : votre argent est-il vraiment en sécurité ?

C’est un point souvent occulté : contrairement au Livret A, l’assurance vie n’est pas garantie par l’État. En cas de faillite de la compagnie d’assurance, c’est le FGAP (Fonds de Garantie des Assurances de Personnes) qui intervient.

  • Le plafond : L’indemnisation est limitée à 70 000 € par assuré et par assureur.
  • La stratégie : Si votre capital dépasse ce montant, il est prudent de diversifier vos avoirs chez plusieurs assureurs différents pour multiplier cette protection.

À noter : Sur les unités de compte (UC), vous supportez le risque de marché (baisse des cours), mais ces actifs sont « cantonnés » hors du bilan de l’assureur, ce qui offre une protection indirecte supplémentaire en cas de défaut de ce dernier.

Conclusion : L’assurance vie reste l’enveloppe de référence pour épargner à long terme et préparer sa transmission. Mais elle n’est pas universellement supérieure à ses alternatives. Son efficacité dépend de trois conditions : choisir un contrat à frais réduits (0 % sur versements, moins de 0,6 % de gestion annuelle sur UC), construire une allocation adaptée à son horizon et à sa tolérance au risque, et rédiger une clause bénéficiaire précise, idéalement avec l’aide d’un conseiller. Un bon contrat bien géré peut transformer cet outil en véritable levier patrimonial. Un mauvais contrat mal suivi, en revanche, ne sera avantageux que pour l’assureur.

Déc 14

Les Français et la peur du risque : chronique d’un mal-investissement

par Arnaud Sylvain | Finances personnelles

Les Français et la peur du risque: chronique d’un mal-investissement

Pays d’épargnants avant tout, la France cultive une prudence financière devenue réflexe collectif. Si cette attitude protège contre la perte, elle prive aussi les ménages d’une part essentielle de rendement. Héritée de l’histoire et nourrie par la méfiance envers les marchés, la peur du risque entretient un paradoxe : un patrimoine abondant, mais peu performant. Lire la suite

Nov 16

Allocation d’actifs : ce que font vraiment les investisseurs intelligents

par Arnaud Sylvain | Allocation d'actifs

Les secrets des meilleurs

Beaucoup pensent qu’investir consiste à découvrir le produit idéal, celui qui offrirait à la fois performance, sécurité et tranquillité. Ils cherchent la pépite, le moment parfait, le conseil décisif. Pourtant, ceux qui construisent un patrimoine solide ne misent ni sur l’intuition ni sur la chance. Ils s’appuient sur une méthode simple : répartir leur patrimoine selon leurs besoins… et s’y tenir. L’intelligence financière ne réside pas dans la prévision, mais dans l’organisation. Lire la suite

Sep 15

Le jour où votre chat est devenu (presque) aussi cher à assurer que votre voiture

par Arnaud Sylvain | Autres

On aime nos animaux… jusqu’à les assurer comme des stars.

Quand Assurer Son Chat Coûte Plus Cher Que Sa Voiture

En 2025, ce n’est plus une blague : certains propriétaires déboursent autant pour couvrir leur chat que pour leur voiture. Les primes grimpent, les soins vétérinaires coûtent, et l’attachement émotionnel pousse les budgets à suivre. Regardons ça de plus près — avec des chiffres solides, un peu d’humour, et toujours zéro jugement. Lire la suite

Oct 25

Investir son argent : comprendre et bâtir une stratégie efficace

par Arnaud Sylvain | Finances personnelles

Prendre des risques ? Oui s'ils restent tolérables.

Épargner et investir sont deux comportements souvent confondus. Pourtant, ils ne répondent pas aux mêmes objectifs. Alors que l’épargne vise à « mettre de côté » et répond notamment à un besoin de sécurité, l’investissement vise la rentabilité avant tout et comporte en conséquence une part de risque et d’incertitude. C’est cette part de risque qui doit vous conduire à bien réfléchir avant d’investir. Lire la suite

Juin 14

Assurance vie : quelles unités de compte pour un profil prudent ?

par Arnaud Sylvain | Assurance-vie

 

Important : Cet article ne saurait constituer une recommandation d’investissement.

Quel degré de risque pour un profil défensif ?

Vous êtes prudent et vous avez tendance à privilégier la sécurité au rendement ?

Alors votre profil est certainement « défensif » et vous êtes directement concerné par l’imposition d’une part d’unités de compte de plus en plus importante dans vos versements, qui vous contraint à prendre des risques. Lire la suite

Fév 15

Faut-il préférer le Livret A ou l’assurance vie ? Arrêtez de vous poser cette question

par Arnaud Sylvain | Finances personnelles

Livret A ou assurance vie : arrêtez de vous poser la question

La comparaison entre le taux du livret A et le(s) taux du fonds en euros revient à chaque modification de taux de l’un ou de l’autre. Faut-il vraiment s’y intéresser ? Non, car le taux du Livret A comme celui du fonds en euros ne présentent qu’un intérêt limité. Ce ne sont pas des paramètres qui doivent guider vos investissements. Lire la suite

Sep 15

Pourquoi les prix de l’immobilier sont-ils aussi élevés ?

par Arnaud Sylvain | Immobilier

Pourquoi les prix de l'immobilier sont-ils aussi élevés ?

Les prix de l’immobilier ont progressé en moyenne de près de 4 % par an depuis 2000, malgré un net coup de frein et une correction observée entre 2022 et 2024. Pourquoi ?


Sommaire


Depuis 2000 (article mis à jour en 2026), les prix de l’immobilier ont progressé en moyenne de 4 % par an sur l’ensemble du territoire national. Cette hausse, alimentée pendant deux décennies par des taux historiquement bas et un allongement continu des durées d’emprunt, a connu une rupture brutale à partir de 2022 : la remontée rapide des taux directeurs de la Banque centrale européenne a réduit mécaniquement la capacité d’emprunt des ménages, entraînant une correction des prix en 2023 et 2024, ainsi qu’un effondrement des volumes de transactions. Depuis fin 2024, le marché amorce une reprise progressive, encore fragile. L’accès à la propriété reste un défi structurel pour les ménages, mais le contexte s’améliore graduellement. La question est de savoir jusqu’à quel point et jusqu’à quand.

Pourquoi les prix de l’immobilier ont-ils autant progressé ?

Prix des logments

Prix de l’immobilier : de quoi parle-t-on ?

Logements anciens
L’indice Notaires-Insee des prix des logements anciens est calculé à partir des transactions immobilières réelles. Il fournit une mesure des évolutions de prix à qualité constante. Le prix retenu est le prix net vendeur, hors droits de mutation, frais de notaire et commission d’agence.

Logements neufs
L’indice des prix des logements neufs est calculé par l’Insee via l’enquête ECLN. Il mesure l’évolution des prix à qualité constante au moment de la réservation. La TVA est incluse, mais pas les frais de notaires.

Ensemble des logements
Il s’agit de la moyenne pondérée des deux indices précédents, reflétant la tendance globale du marché français.

Les prix de l’immobilier ont progressé parce que la demande s’est accrue et que l’offre n’a pu progresser dans les mêmes proportions. Si la demande peut varier selon les conditions de financement, l’offre reste rigide à cause de la rareté du foncier et des coûts de construction. En conséquence, l’ajustement se réalise par les prix plutôt que par les volumes.

Cette rigidité de l’offre n’est pas seulement une question de rareté naturelle du foncier : elle est aussi le produit de facteurs institutionnels spécifiquement français. Les délais d’obtention des permis de construire, les recours contentieux en urbanisme, le rôle des collectivités dans la gestion du foncier public, ainsi que les normes de construction de plus en plus exigeantes (RE2020, réglementation thermique) contribuent à renchérir et à ralentir la production de logements neufs. En 2024, seulement 330 400 logements ont été autorisés à la construction, soit une baisse de 12,3 % par rapport à 2023 et un niveau inférieur de 28 % à celui d’avant la crise sanitaire. Les mises en chantier ont chuté encore plus fortement, à 263 100 unités, soit un tiers de moins qu’en 2019. En 2025, la situation a commencé à se redresser avec 379 222 logements autorisés (+15 % sur un an), mais ce niveau reste inférieur de 9 % à la moyenne des cinq années précédentes. La pénurie structurelle de logements dans les zones tendues n’est donc pas résorbée.

Pourquoi la demande a-t-elle fortement progressé ?

Lorsque l'offre est rigide et que la demande augmente, l'ajustement se réalise intégralement par les prix.


Quand l’offre est rigide, l’ajustement se réalise par les prix : Le prix et la quantité assurant l’équilibre entre l’offre et la demande se trouvent à l’intersection de la courbe d’offre et de la courbe de demande. Si la courbe de demande se déplace et que la demande s’accroît, un nouveau point d’équilibre se forme. Lorsque l’offre est rigide et insensible au prix, l’ajustement se réalise intégralement par les prix : les quantités à l’équilibre sont identiques, seul le prix a augmenté (de p* à p**).


Plusieurs facteurs ont contribué à augmenter la demande sur les 25 dernières années :

  • L’allongement de la durée des crédits : elle s’est stabilisée autour de 20-25 ans pour compenser la hausse des prix. En 2025, la durée moyenne d’emprunt atteint 250 mois (environ 20 ans), selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA. Le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) encadre désormais strictement ces durées, limitant le taux d’endettement à 35 % des revenus nets (assurance de prêt comprise) et la durée maximale à 25 ans (27 ans dans certains cas de VEFA). Ces contraintes, absentes avant 2021, ont contribué au refroidissement du marché.
  • Durée moyenne des crédits (Observatoire Logement)
  • L’évolution des taux d’intérêt : après une période de taux historiquement bas entre 2015 et 2021 (en dessous de 1,5 % en 2021), les taux ont brutalement remonté pour atteindre plus de 4 % fin 2023, avant d’amorcer une baisse progressive. En novembre 2025, le taux moyen relevé par la Banque de France s’établissait à 3,01 %. En ce début 2026, les taux se maintiennent dans une fourchette de 3,10 % à 3,40 % selon la durée, dans un contexte de relative stabilité mais d’incertitudes pesant sur les obligations d’État françaises (OAT 10 ans). L’Observatoire Crédit Logement/CSA anticipe un taux moyen autour de 3,40 % sur l’année 2026.
  • Ce retour à des taux plus élevés a mis fin à la hausse continue des prix, provoquant un rééquilibrage du marché entre 2022 et 2024. La remontée est plus douce depuis mi-2024, mais les taux actuels restent nettement supérieurs aux planchers historiques de la décennie 2010.
  • La démographie : la population française continue de croître, ce qui maintient une pression structurelle sur le besoin en logements, notamment dans les zones tendues. Cette pression est accentuée par la décohabitation : le nombre de personnes par ménage ne cesse de diminuer (divorces, vieillissement, départ des jeunes), ce qui accroît mécaniquement le nombre de logements nécessaires indépendamment de la croissance de la population totale.
  • Population française au 1er janvier
  • La crise sanitaire et le télétravail : ils ont durablement modifié les critères de recherche, favorisant les villes moyennes et les logements avec espace extérieur. Ce phénomène a alimenté une forte hausse des prix dans des marchés jusqu’alors peu tendus (villes de 50 000 à 200 000 habitants, littoral, périurbain des grandes métropoles), tout en contribuant à stabiliser voire faire baisser les prix dans certaines grandes métropoles comme Paris, qui perd des habitants depuis 2016.
  • Les investisseurs locatifs et les dispositifs fiscaux : pendant deux décennies, les dispositifs de défiscalisation successifs (loi Robien, Scellier, Duflot, Pinel) ont soutenu artificiellement la demande de logements neufs, parfois dans des zones où la demande locative effective était insuffisante. La fin progressive du dispositif Pinel (supprimé au 31 décembre 2024) a contribué à l’effondrement des réservations dans le neuf. En parallèle, la contrainte du diagnostic de performance énergétique (DPE) — qui interdit la mise en location des logements classés G depuis 2025 et F à partir de 2028 — pèse désormais sur les prix des biens énergivores : ils subissent une décote croissante par rapport aux biens économes, introduisant une segmentation inédite du marché selon la performance thermique.

Prix de l’immobilier, bulle ou pas bulle ?

La question mérite d’être posée avec les bons outils, car « bulle » est un concept précis en économie : il désigne une situation où les prix dépassent significativement et durablement leur valeur fondamentale, exposant le marché à une correction brutale. Pour l’évaluer, deux indicateurs de référence sont indispensables.

Le ratio prix/revenus (courbe de Friggit). Depuis les travaux de Jacques Friggit (IGEDD/CGEDD), on dispose d’un indicateur de long terme : le rapport entre l’indice des prix des logements anciens et le revenu disponible par ménage. De 1965 à 2000, ce ratio est resté stable à ±10 %, définissant un « tunnel » de cohérence. Depuis 2000, les prix ont quitté ce tunnel : le ratio a été multiplié par 2,4 entre 1996 et 2010, alors que les revenus ne progressaient que de 14 % sur la même période. En 2025, malgré la correction des deux années précédentes, ce ratio reste très au-dessus du tunnel historique. L’amélioration est réelle mais partielle : en 2025, un primo-accédant moyen doit emprunter sur environ 23 ans pour acquérir le même bien qu’en 2000 avec le même effort sur 15 ans, selon les calculs de l’IGEDD.

Le ratio prix/loyers. Un logement peut être analysé comme un actif financier dont le rendement est le loyer. Or les loyers ont progressé beaucoup moins vite que les prix d’achat depuis 2000 : le rendement locatif brut a mécaniquement chuté dans les grandes villes, rendant l’investissement immobilier locatif moins attractif en comparaison des placements alternatifs dans un contexte de taux remontés. Cette compression des rendements locatifs constitue un signal de surévaluation durable.

Le marché depuis 2023 : correction sans effondrement. La correction observée a été significative mais ordonnée :

  • Sur l’ensemble de 2023-2024, les prix des logements anciens ont baissé en France métropolitaine de l’ordre de 5 à 6 % en valeur nominale, soit davantage en termes réels (corrigés de l’inflation). En Île-de-France, la correction a été plus marquée : -5,3 % sur un an au troisième trimestre 2024.
  • Le volume de transactions a chuté brutalement, passant d’un pic de plus d’un million de ventes en 2021 à environ 780 000 en 2024 — son plus bas niveau depuis 2015.
  • Depuis début 2025, le marché se redresse prudemment : les prix ont enregistré +0,3 % à +0,5 % sur un an au premier et deuxième trimestre 2025, et les volumes ont repris (+10 % en cumul annuel à fin août 2025). Paris affiche un prix au m² d’environ 9 700 € au troisième trimestre 2025.

Alors, bulle ou pas bulle ? La réponse honnête est nuancée. Il n’y a pas eu d’explosion au sens d’un krach brutal comme aux États-Unis en 2008. Plusieurs facteurs structurels différencient la France : une culture de propriété plus prudente avec un fort taux de prêts à taux fixe (protégeant les emprunteurs existants d’une hausse des taux), une proportion élevée de vendeurs non pressés qui préfèrent attendre plutôt que brader, et une pénurie de logements persistante dans les zones tendues qui soutient les prix par le bas. En revanche, les prix restent significativement au-dessus de leur valeur fondamentale mesurée par les revenus et les loyers, et la correction n’a pas suffi à rétablir l’équilibre historique. Le marché se normalise, il ne s’est pas purgé. La trajectoire dépendra de l’évolution des taux, du pouvoir d’achat des ménages et — facteur souvent sous-estimé — de la capacité de la construction neuve à répondre aux besoins.

Pour en savoir plus : une vidéo claire et pédagogique proposée par dessine-moi l’éco

Cette vidéo claire et pédagogique sur l’évolution des prix de l’immobilier est proposée par Dessine moi l’éco. Elle s’arrête en 2011, mais l’analyse des mécanismes fondamentaux reste valable. Pour une analyse statistique plus complète et régulièrement actualisée, les travaux de Jacques Friggit (IGEDD) constituent la référence en France : Prix de l’immobilier — évolution à long terme (IGEDD).

Dessine-moi l'éco : Comment expliquer la hausse du prix du logement en France ?
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Oct 18

Emprunter pour investir en bourse ?

par Arnaud Sylvain | Finances personnelles

Faut-il emprunter pour investir en Bourse ?

Alors que l’investissement locatif est très largement financé à crédit, cette pratique est très peu utilisée par les investisseurs en Bourse.
Dans un contexte où les taux sont bas et la fiscalité des placements financiers plus douce que celle de l’immobilier, ne serait-il pas pertinent de s’endetter pour investir dans des placements financiers ? Non. Lire la suite