Les obligations retrouvent leur rôle dans l’épargne

par François-Julien Piteau | Allocation d'actifs

Jan 25

Alors que la décennie des taux zéro semblait avoir enterré les obligations, le retour d’un rendement réel positif leur redonne toute leur pertinence. Pour l’épargnant en quête de stabilité autant que de revenu, ces titres de créance retrouvent leur place — discrète, mais essentielle — dans l’architecture d’un portefeuille équilibré.

 

TL;DR : Après dix ans d’oubli, les obligations redeviennent une composante clé de l’épargne. La remontée des taux (OAT à 3,4 %), le reflux de l’inflation (~1 %) et la détente de la BCE redonnent du sens à ces placements : ils offrent désormais un rendement réel positif, un revenu régulier et un rôle stabilisateur face à la volatilité des marchés. Leur retour n’a rien de spectaculaire, mais il est durable.

Longtemps reléguées au second plan, les obligations regagnent enfin l’attention des épargnants. Pendant des années, ces titres ont été jugés peu rémunérateurs, coincés dans un monde de taux quasi nuls. Mais le contexte a changé : les rendements de la dette publique et privée se sont nettement redressés. Aujourd’hui, envisager les obligations comme un pilier d’un portefeuille équilibré n’a plus rien d’utopique. Entre la hausse des coupons servis et le reflux de l’inflation, leur utilité stratégique redevient évidente.

Comprendre ce qu’est une obligation

Une obligation est un titre de créance émis par un État, une entreprise ou une collectivité. En l’achetant, l’investisseur prête de l’argent à l’émetteur, qui s’engage à lui verser un intérêt régulier (le coupon) et à rembourser le capital à l’échéance. Entre-temps, la valeur de l’obligation varie selon l’évolution des taux d’intérêt : lorsque les taux montent, le cours des obligations déjà émises baisse, et inversement.

Ce mécanisme explique pourquoi les obligations sont souvent considérées comme le pendant stable des actions : elles procurent un revenu prévisible et, si elles sont conservées jusqu’à l’échéance, un rendement globalement maîtrisable. Dans un environnement de taux bas, elles perdaient leur attrait ; désormais, avec des rendements redevenus substantiels, elles retrouvent tout leur sens.

Pourquoi les obligations redeviennent attractives

Leur regain d’intérêt repose sur deux évolutions majeures : la remontée des rendements nominaux et le ralentissement de l’inflation. Après des années à rapporter moins qu’un simple livret, cette classe d’actifs redevient enfin source de rendement réel — c’est-à-dire après déduction de l’inflation.

Dynamique des taux et retour du rendement réel

Depuis 2022, les rendements obligataires ont progressivement augmenté. L’OAT 10 ans française, par exemple, évolue désormais autour de 3,4 % — un niveau oublié depuis plus d’une décennie. Cela signifie qu’un investisseur qui conserve son obligation jusqu’à l’échéance peut espérer percevoir ce revenu annuel, avec un risque très faible pour un émetteur souverain de la qualité de la France.

Dans le même temps, l’inflation s’est fortement repliée, revenant autour de 1 % début 2025. Résultat : les rendements réels sont redevenus positifs. Le placement ne se contente plus de protéger le pouvoir d’achat — il peut désormais le renforcer. Après des années de rendements réels négatifs, ce changement de paradigme suffit à expliquer le retour en grâce des obligations.

Le rôle des banques centrales

Depuis mi-2024, la Banque centrale européenne a entamé un assouplissement progressif de sa politique monétaire. En abaissant ses taux directeurs, elle soutient mécaniquement la valeur des obligations déjà émises : celles contractées à des taux plus élevés deviennent plus attractives, et leur prix augmente sur le marché secondaire. Pour les investisseurs déjà exposés, c’est un double avantage : perception régulière des coupons et revalorisation du capital détenu.

Les obligations face aux autres placements

Comparer les obligations aux produits d’épargne classiques permet de mesurer leur regain d’intérêt. Depuis août 2025, le Livret A est rémunéré à 1,7 % — un niveau inférieur de moitié au rendement d’une obligation d’État à dix ans. Bien sûr, le Livret A offre une liquidité immédiate et une garantie totale, mais l’obligation propose un compromis solide entre sécurité et performance pour ceux prêts à immobiliser une partie de leur épargne.

De nombreux épargnants redécouvrent également les fonds obligataires intégrés à l’assurance-vie, un cadre fiscal avantageux pour l’épargne à long terme. Ces supports, gérés de manière diversifiée, permettent de bénéficier des rendements obligataires sans avoir à sélectionner soi-même les titres. Après des années de désaffection, ils enregistrent à nouveau des flux nets positifs, signe d’un retour de confiance des investisseurs.

Une fonction stabilisatrice dans le portefeuille

Historiquement, les obligations jouent un rôle d’amortisseur : en période de tension sur les marchés actions, elles tendent à se maintenir, voire à s’apprécier. Cette complémentarité réduit la volatilité globale du patrimoine et protège une partie du capital. Durant la décennie des taux zéro, cette fonction s’était estompée : les obligations ne rapportaient plus rien et n’offraient plus de couverture. Aujourd’hui, avec des rendements supérieurs à 3 %, cet équilibre est rétabli.

Les risques à garder en tête

Ce regain d’intérêt ne signifie pas l’absence de risque. Les obligations restent sensibles aux variations de taux : une nouvelle hausse ferait baisser leur cours, surtout pour les échéances longues — c’est ce qu’on appelle la sensibilité au taux. Par ailleurs, les titres émis par des entreprises ou certains pays émergents comportent un risque de crédit, c’est-à-dire la possibilité d’un défaut de paiement. D’où l’importance de la diversification : combiner obligations souveraines de qualité, titres privés solides et durées variées permet de lisser ces risques.

Dans le cadre d’une assurance-vie, ces risques sont souvent atténués par la gestion collective, mais les variations de valorisation restent possibles, notamment à court terme.

Quelle place leur accorder demain ?

La période actuelle invite à revoir la place des obligations dans une stratégie d’épargne. Dans les portefeuilles dits « équilibrés », leur part avait été réduite à la portion congrue. Elle retrouve désormais toute sa légitimité, notamment pour les investisseurs recherchant un revenu régulier sans prise de risque excessive.

Les professionnels recommandent souvent une approche graduée : allier obligations à court terme (moins sensibles aux hausses de taux) et obligations à plus long terme (pour verrouiller un rendement durable). Ainsi structurée, la composante obligataire redevient un véritable outil de pilotage du risque, au service d’une performance plus stable et plus prévisible.

Son grand retour n’a rien de spectaculaire ; il marque simplement la fin d’une longue parenthèse et le rétablissement d’un pilier essentiel de l’épargne raisonnée.