Faut-il encore investir dans des fonds obligataires ?

Allocation d'actifs

Sep 09
 

IMPORTANT : Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement

 

Faut-il encore investir dans des fonds obligataires ?

Les taux d’intérêt sont au plus bas depuis trente ans, sous l’effet des politiques monétaires ultra-accommodantes des banques centrales. En conséquence, compte tenu du lien négatif entre les taux d’intérêt et les fonds obligataires, ces derniers ont connu une très forte progression depuis la fin des années 2000. Une remontée des taux étant inévitable, faut-il encore investir dans des fonds obligataires ?

 

Le cours des obligations dépend des taux d’intérêt

Une obligation représente une partie d’un emprunt émis par un État, une collectivité locale ou une entreprise. Le souscripteur reçoit une rémunération annuelle, appelée coupon, au taux d’intérêt prévu (fixe ou variable). À l’échéance, il récupère sa mise de départ, sauf en cas de faillite de l’émetteur.

Quand une obligation est à taux fixe, les coupons versés sont constants. La valeur de l’obligation évolue en fonction des taux d’intérêt.

Ainsi quand les taux d’intérêt montent, de nouvelles obligations sont émises avec un rendement supérieur à celui des anciennes. Le mécanisme de l’offre et de la demande provoque alors une baisse du cours des anciennes obligations, afin que leur rendement s’ajuste à celui des nouvelles obligations. L’ampleur du mouvement est d’autant plus forte que l’échéance est lointaine.

Inversement, quand les taux d’intérêt baissent, le prix des obligations à taux fixe déjà en circulation augmente. Leur rendement baisse et s’ajuste à celui des nouvelles obligations.

Les prix des obligations évoluent donc en sens inverse des taux d’intérêt.

 
 

La hausse des taux impactera négativement les fonds obligataires

Compte tenu de la faiblesse historique des taux d’intérêt dans les grands pays industrialisés et de ce lien inverse entre taux d’intérêt et valeur des obligations, les fonds obligataires présentent donc un potentiel d’appréciation limité.

 

Des taux d’intérêt historiquement faibles
Taux d'intérêt à long terme - source : Ocde

Aux Etats-Unis, les taux à long terme restent faibles malgré la hausse des taux directeurs de la FED et en zone Euro, la normalisation de la politique monétaire n’a pas encore débuté. Une remontée des taux d’intérêt à long terme et la baisse des fonds obligataires ne devrait donc pas intervenir à court terme.

La remontée des taux d’intérêt semble néanmoins inévitable à un horizon de moyen terme sous l’effet de la hausse des salaires et de la remontée des anticipations d’inflation (aux Etats-Unis) ou du resserrement des politiques monétaires des banques centrales (aux Etats-Unis et en zone Euro). La politique commerciale agressive des Etats-Unis pourrait d’ailleurs contribuer à cette remontée dans la mesure où des barrières douanières ont un effet inflationniste.

 

Taux d’intérêt et fonds obligataires : l’exemple des marchés européens
Taux d’intérêt et fonds obligataires : l’exemple des marchés européens

 
Les déterminants des taux d'intérêt à long terme

Les taux souverains (taux des Etats) à long terme dépendent principalement de trois facteurs :

  • l’inflation anticipée : les investisseurs souhaitent se prémunir du risque inflationniste et incluent une prime d’inflation dans la rémunération demandée aux emprunteurs.
  • les taux d’intérêt à court terme : ceux-ci sont fixés par la Banque Centrale dans le cadre de sa politique monétaire. La corrélation entre les taux courts et les taux longs est positive et varie selon l’échéance des taux longs (plus cette dernière est éloignée, moins l’influence des taux courts est forte).
  • les finances publiques : plus elles sont solides, moins l’État emprunteur sera obligé de payer un taux d’intérêt important. À l’inverse, un niveau de déficit ou de dette publique élevé augmente le risque de défaut sur les obligations de l’État, incitant les prêteurs à demander un taux d’intérêt plus important.
  • les taux d’intérêt internationaux (sauf pour les Etats-Unis, référence mondiale) : compte tenu de la large ouverture des marchés financiers locaux aux marchés internationaux, les taux longs sont également étroitement liés aux taux pratiqués dans le reste du monde, en particulier à ceux des États-Unis, première puissance économique mondiale et financière avec une dette ample dans une devise de référence.

Les politiques monétaires ultra-accomodantes des banques centrales impactent également les taux d’intérêt à long terme, par leur impact sur la demande d’obligations. Cette demande contribue à détendre les taux d’intérêt.

 

Si une hausse rapide des taux créerait inévitablement un krach obligataire et de fortes moins-values sur les fonds obligataires, cette hypothèse semble pour l’instant largement écartée. La plupart des professionnels estime en effet que les pressions déflationnistes restent fortes et que quoi qu’il arrive, les banques centrales empêcheront toute remontée brusque des taux d’intérêt.

La remontée des taux d’intérêt devrait donc être graduelle, ce qui laisserait le temps aux gérants obligataires de s’adapter en désensibilisant leurs fonds. Attention néanmoins, car la réduction du risque de taux s’accompagne inévitablement de l’accroissement d’autres risques : ainsi par exemple les gérants peuvent être tentés d’accroître la part d’obligations risquées dans leur portefeuille. Ces obligations seront plus rémunératrices mais le risque de défaut s’en trouvera augmenté.

Si les fonds obligataires devraient pouvoir absorber une hausse de taux graduelle, il semble néanmoins peu probable que leur valorisation progresse (puisque les taux augmenteront). Dès lors, pourquoi les conserver ?

 

Pourquoi conserver des fonds obligataires en portefeuille ?

Pourquoi conserver des fonds s’il est acquis qu’ils baisseront (peut-être même significativement) à plus ou moins brève échéance ?

Parce qu’il n’est pas exclu qu’une correction des marchés actions pousse les investisseurs vers les obligations d’Etat, dans un mouvement de « fuite vers la qualité ». Une fuite vers la qualité (« Flight to quality » ou « Flight to security ») est un phénomène d’importants mouvements de capitaux qui, lors d’un krach boursier, se déplacent de valeurs mobilières vers des placements plus sûrs et plus liquides (Wikipédia).

Conserver une part d’obligations se justifie donc si les marchés actions présentent des risques de correction. Au vu des évolutions des marchés, ce risque ne peut être écarté.

« Dans le contexte de marché actuel, il est important de se demander si les obligations devraient jouer un rôle lorsque leur perspective de rendement réel est si faible.
La réalité est qu’en cas de correction boursière, les investisseurs ont besoin d’une source de diversification, et les obligations peuvent clairement jouer un rôle de ce point de vue. »
(Morningstar, janvier 2018)

 

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Alors, que faire ?

Face au risque de remontée des taux d’intérêt et compte tenu de la nécessité de maintenir une bonne diversification de portefeuille, plusieurs alternatives sont envisageables.

Réduire la duration des fonds obligataires en portefeuille : des obligations à court terme pour préserver son capital

L’impact d’une variation de taux d’intérêt sur le cours d’une obligation peut être approché par la duration de cette obligation. La duration d’un instrument financier à taux fixe, comme une obligation, est la durée de vie moyenne de ses flux financiers pondérée par leur valeur actualisée. Toutes choses étant égales par ailleurs, plus la duration est élevée, plus le risque est grand (Wikipédia).

Pour limiter l’impact des taux d’intérêt, une solution consiste à investir dans des fonds obligataires de faible duration. Cette option n’est à retenir que dans une optique de préservation du capital, comme en témoignent les performances des fonds obligataires investis sur les obligations de la zone euro à court, moyen et long terme.

 

Réduire la duration réduit le rendement
Réduire la duration réduit le rendement

 

Investir dans des fonds obligataires non-traditionnels de type « performance absolue » : pas mieux que les obligations de court terme et moins disponibles

Ces fonds visent une performance positive quelles que soient les conditions de marché. L’intention est louable mais les performances ne sont pas toujours au rendez-vous. S’ils affichent des performances (très) légèrement meilleures que les obligations à court terme, leur volatilité est plus importante. De plus, ces fonds obligataires « performance absolue » sont très largement absents des contrats d’assurance vie.

 

Performance absolue ou obligations d’Etat de court terme ?
performance absolue ou obligations d'eTat ?

 

Basculer vers un fonds en euros : le retour du roi ?

Le basculement des fonds obligataires vers un fonds en euros paraît finalement la solution la plus raisonnable dans un contexte de hausse des taux obligataires. La progression du capital est assurée et la décorrélation avec les autres classes d’actifs est faible.

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En conséquence, compte tenu du niveau extrêmement faible des taux d’intérêt et d’une remontée prochaine, il paraîtrait pertinent de basculer tout ou partie de la poche obligataire de son portefeuille vers un fonds en euros (la proportion dépendra du potentiel de hausse estimé des fonds obligataires, en cas de krach boursier notamment).

Toutefois, pour bénéficier de la remontée des taux et de la baisse des fonds obligataires, un réinvestissement progressif des sommes placées sur le fonds en euros dans des fonds obligataires pourrait être judicieux. Ce réinvestissement débuterait par exemple lorsque les fonds obligataires auront significativement reculé. Acheter au son du canon…