Monnaie et création monétaire : éléments de compréhension

Economie

Sep 01

comment a monnaie est-elle créée ?

Qu’est-ce que la monnaie ? Qui la crée ? Qu’est-ce que la “planche à billets” ? Cet article vous aide à y voir plus clair.

 


Sommaire


 

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Avant de se pencher sur la création monétaire, un bref retour sur les fonctions et les formes de la monnaie est nécessaire.

Les fonctions de la monnaie

3 fonctions sont généralement assignées à la monnaie :

La monnaie permet d’évaluer et de comparer la valeur de biens hétérogènes en les ramenant à un étalon unique instituant une équivalence générale entre les prix des biens échangés. C’est une unité de compte.

Alors que dans une économie de troc de 5 biens il faudrait établir 10 prix (chaque bien doit être exprimé en quantité de chaque autre), il n’en faut que 5 dans une économie monétaire (chaque bien est exprimé en quantité de monnaie).

La monnaie permet aussi d’acquérir n’importe quel bien ou service dans une économie. C’est un instrument de paiement, un bien échangeable contre tous les autres. La monnaie permet d’assurer la coïncidence des besoins.

“Dans un système de troc, les deux parties ne peuvent échanger que si chacune désire ce que l’autre peut offrir. La monnaie résout ce problème : les individus peuvent échanger ce qu’ils ont à offrir contre de la monnaie et échanger de la monnaie contre ce qu’ils veulent.” (P. Krugman, R. Wells, Macroéconomie)

La monnaie donne la possibilité de transférer la richesse dans le temps. C’est une réserve de valeur, “un lien entre le présent et l’avenir”.

Les formes de la monnaie

La monnaie marchandise

Des marchandises très diverses ont pu être utilisées comme monnaie : coquillages, bétails, colliers, barres de sel, rochers, etc. ainsi que des métaux plus ou moins précieux (cuivre, bronze, argent, or). Ces marchandises , qui ont une valeur et une utilité propres, ont été transformées et légitimées comme monnaie.

Les monnaies métalliques sont des monnaies marchandises dans la mesure où elles ont une valeur quasi équivalente à la valeur des biens et services qu’il est possible d’acquérir avec. Leur valeur intrinsèque est proche de leur valeur faciale. C’est d’ailleurs la valeur du support monétaire qui fonde la confiance dans de ces monnaies.

Il est à noter que les monnaies métalliques remplissent les trois fonctions de la monnaie, ce qui n’est pas le cas de toutes les monnaies marchandises. Certaines reposent en effet sur des marchandises périssables, qui ne permettent pas d’assurer la fonction de réserve de valeur.

De la monnaie marchandise à la monnaie de crédit

Lorsque les économies ont commencé à croître rapidement, il est devenu difficile de trouver une monnaie marchandise qui progresse aussi vite que la production des richesses. Or, l’insuffisance de monnaies limite la croissance et peut engendrer des déséquilibres (déflation notamment). C’est ainsi que le système de l’étalon-or a été abandonné au cours des années 1930 et que la convertibilité du dollar en or l’a été en 1971, marquant l’entrée dans un régime de changes flottants.

Il a donc fallu que les économies concernées trouvent une monnaie dont la quantité ne viendrait pas limiter la production de richesses et les échanges. Elles ont monétisé les créances et créé la monnaie de crédit.

Le fondement de la confiance dans la monnaie s’est transformé avec le passage de la monnaie marchandise à la monnaie de crédit :

  • La monnaie marchandise s’appuie sur sa valeur intrinsèque.
  • En revanche, la monnaies de crédit a une valeur intrinsèque quasiment nulle, très inférieure à sa valeur faciale. Pour que cette monnaie soit acceptée alors qu’elle n’a plus de valeur en elle-même, il faut qu’elle fasse l’objet d’une forte confiance dans sa stabilité et dans sa pérennité. La monnaies de crédit est donc fondée sur la confiance dans le dispositif politique et institutionnel mis en place pour encadrer sa création.

 

La monnaie de crédit

Selon la définition proposée par Pierre-Bruno Ruffini, la monnaie est dite de crédit « dès lors que le support du moyen de paiement est constitué par une créance sur une institution émettrice » (Ruffini, 1996, p. 21). En économie, une créance est un élément de l’actif du bilan d’un agent, c’est-à-dire une richesse qui a une valeur positive pour lui ; elle est nécessairement la contrepartie d’une dette et elle donne le droit au créancier d’exiger auprès du débiteur, au terme prévu par le contrat passé entre les deux agents, le remboursement de cette dette.

S’agissant de la monnaie, cette créance peut prendre diverses formes

  • soit être écrite sur du papier et devenir un billet de banque par exemple ;
  • soit être écrite dans les livres de comptes de l’institution émettrice (on parle dans ce cas de monnaie scripturale) ;
  • mais également être représentée par un symbole politique ou religieux apposé sur une pièce métallique.

Ainsi, pour un agent économique, avoir un droit de propriété sur de la monnaie, comme c’est le cas avec la détention d’un billet de banque ou d’une somme inscrite sur un compte au nom de l’agent dans une banque de second rang, c’est être propriétaire d’une créance sur la banque centrale dans le premier cas (l’institution monétaire qui a le monopole de création des billets de banque aujourd’hui), sur une banque de second rang dans le second.

Symétriquement, cela signifie que la banque centrale a une dette envers l’agent qui est propriétaire du billet qu’elle a émis : cette dette consiste à garantir au porteur la valeur inscrite sur le billet dès lors que celui-ci fera valoir son droit d’utiliser le billet comme moyen de paiement (la créance consiste pour le porteur à faire valoir ce droit pour la valeur inscrite sur le billet).

De manière analogue, la banque de second rang a une dette envers l’agent qui est propriétaire de la somme inscrite sur le compte bancaire. La monnaie est toutefois une créance particulière, puisqu’elle est dotée d’un pouvoir libératoire général. Cela permet d’aboutir à une autre composante essentielle de la définition de la monnaie : c’est une dette qui permet de s’acquitter de toutes les dettes.

[…] le socle de la confiance repose sur un dispositif au sein duquel les institutions politiques et monétaires (État, banque centrale, banques de second rang notamment) occupent une place fondamentale : les agents acceptent la monnaie parce qu’ils sont convaincus du fait que les autorités politiques et monétaires ne peuvent s’affranchir des règles essentielles, c’est-à-dire des conventions, qui ont été élaborées au sein de la communauté de paiement (missions de la banque centrale, règles qui encadrent les opérations de monétisation de créances conduites par les banques de second rang, règles prudentielles pour encadrer le comportement des banques en matière d’activité financière, etc.).

Beitone, Rodrigues, Économie monétaire : Théories et politiques, Cursus, Armand Collin, 2017

source : Melchior.fr

 

La monnaie : les agrégats monétaires

La monnaie peut être appréhendée par tous les actifs qui permettent des achats de biens et services ou le règlement d’une dette, facilement convertibles en moyens de paiement et avec un faible risque de perte en capital. Trois grands agrégats peuvent être distingués selon leur degré de liquidité :

M1 comprend les pièces et les billets en circulation ainsi que les dépôts à vue (les sommes déposées par les agents économiques sur un compte bancaire et qui peuvent être retirées à tout moment).

M2 contient l’agrégat M1 ainsi que les dépôts assortis d’un préavis de remboursement inférieur ou égal à trois mois et les dépôts à terme d’une durée inférieure ou égale à deux ans.

M3 contient M2 ainsi que les instruments négociables sur le marché monétaire émis par les institutions financières monétaires, et qui représente des avoirs dont le degré de liquidité est élevé avec peu de risque de perte de capital en cas de liquidation (les OPCVM monétaires par exemple).

Il existe aussi un agrégat M0, dont seule une fraction est intégrée dans M1. M0, la « base monétaire », correspond aux pièces et billets en circulation ainsi qu’aux avoirs en monnaie scripturale détenus auprès de la banque centrale (cette monnaie scripturale ne circule pas entre l’ensemble des agents économiques mais seulement entre banques).

Les placements à long terme (plans d’épargne logement, placements en obligations) et les placements plus risqués sont en revanche totalement exclus de la définition de la monnaie.

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La base monétaire et les agrégats monétaires – source : Banque de France

La création monétaire et ses limites

La création monétaire consiste à transformer les créances de l’émetteur en moyen de paiement (monétisation des créances). Chaque fois qu’une banque commerciale accorde un crédit, elle crée de la monnaie “ex nihilo” (à partir de rien). Elle prête sans avoir le montant correspondant en ressources.

La monnaie créée se concrétise par une inscription au compte du client emprunteur qui figure au passif du bilan bancaire ; la contrepartie est inscrite à l’actif à un poste créance sur le client.

C’est grâce à ce processus que le stock de monnaie en circulation croît en liaison avec les besoins de monnaie du système économique. Seules les banques ont ce pouvoir de création monétaire.

Les banques commerciales peuvent-elles pour autant créer autant de monnaie qu’elles le souhaitent ? Pas vraiment.

  • La première limite au pouvoir de création monétaire des banques commerciales réside dans l’existence d’une demande solvable de crédit. S’il n’y a pas de demande de crédit, les banques n’accorderont pas de crédit.
  • La seconde limite découle de la réglementation prudentielle. Cette réglementation, qui vise à éviter que les banques commerciales ne prennent trop de risques et finissent par faire faillite, impose aux banques des limites dans le montant total de leurs engagements. Les banques doivent ainsi respecter un ratio de solvabilité d’au moins 8&nbsp% et donc disposer de capitaux propres qui représentent au moins 8 % de leurs engagements (dont les crédits qu’elles consentent).
  • Une autre limite à la création monétaire vient de la politique monétaire. Le rôle de la banque centrale est de gérer la quantité de monnaie en circulation dans l’économie de façon à ce qu’elle soit adaptée aux besoins des agents économiques. Or, gérer la quantité de monnaie en circulation, c’est influer sur la création monétaire et donc l’octroi de crédits.
Lire cette vidéo sur YouTube.
Qu’est-ce que la monnaie ? Comment est-elle créée et par qui ? Pourquoi dit-on que “les crédits font les dépôts” ? Quel rôle joue la banque centrale et pourquoi la création monétaire n’est-elle pas sans limite ? Ce court-métrage d’animation explique de manière synthétique le mécanisme de création monétaire qui fait partie intégrante de notre quotidien et qui peut paraître si naturel – source : Banque de France – Cité de l’économie et de la monnaie

Les banques centrales créent-elles de la monnaie ?

Non. Les banques centrales créent une monnaie “banque centrale” qui n’augmente pas les agrégats monétaires

Les banques centrales agissent en tant que banque pour les banques commerciales. Un des rôles d’une banque centrale est de permettre le bon fonctionnement du marché interbancaire, notamment en fournissant aux banques les liquidités dont elles ont besoin pour effectuer leurs paiements sur ce marché.

De fait, elle crée de la “monnaie banque centrale” pour la durée du prêt. Mais cette monnaie est exclusivement utilisée pour les paiements entre banques et transite par les comptes que les banques détiennent à la banque centrale. Cette monnaie n’est pas utilisée directement pour accorder des crédits, elle ne circule pas dans l’économie et ne gonfle pas la masse monétaire (cf. schéma ci-dessus qui exclut les avoirs en monnaie scripturale banque centrale des agrégats monétaires).

Par ailleurs, une banque centrale produit les billets qui circulent dans l’économie. Ces billets sont fournis aux banques qui à leur tour les mettent en circulation au profit des particuliers ou des entreprises. Toutefois, il n’y a pas de création monétaire car lorsque ces derniers retirent des billets, leurs comptes bancaires sont débités du montant correspondant. Il s’agit donc d’un simple transfert des dépôts bancaires vers les billets, sans que la masse monétaire en circulation dans l’économie ne gonfle.

Mais si. La monnaie “banque centrale” peut accroître la masse monétaire

La banque centrale peut créer de la monnaie (au sens des agrégats monétaires) en finançant le déficit budgétaire par achat d’obligations. La banque centrale paye les titres qu’elle acquièrt au moyen de liquidités qu’elle crée “ex nihilo”. Comme cet argent sera utilisé pour payer des fonctionnaires ou des créanciers nationaux (fournisseurs), les comptes bancaires de ces derniers seront crédités et la masse monétaire gonflera en conséquence (puisque les comptes bancaires sont intégrés dans les agrégats monétaires).

Cette monétisation par la banque centrale d’une dette qui augmente la masse monétaire (au sens des agrégats monétaires) consiste à “faire marcher la planche à billets”.

Les banques centrales peuvent aussi créer de la monnaie dans le cadre des politiques monétaires non conventionnelles, lorsqu’elles achètent des titres représentatifs de la dette publique (afin de faire baisser ou de contenir les taux d’intérêt et donc de permettre aux États de se financer à moindre coût sur les marchés) sur le marché secondaire.

Quelle est la différence entre acheter des titres de dette sur le marché primaire ou sur le marché secondaire ?

  • Le marché primaire, c’est l’achat direct auprès de l’émetteur (lors de l’émission).
  • Le marché secondaire, c’est le marché de l’occasion des titres de dettes. Les titres ne sont pas achetés auprès de l’émetteur mais d’autres détenteurs (banques, assurances, fonds de pension…)

Le lien entre achats de dette et création monétaire par la banque centrale sera plus fort lorsque les titres seront achetés sur le marché primaire. Pourquoi ? Parce que les liquidités créées par les banques centrales auront une plus forte probabilité de se retrouver dans les agrégats monétaires.

  • Lorsqu’une banque centrale achète des obligations d’État directement auprès des États, l’argent est utilisé pour payer des fonctionnaires ou des créanciers nationaux (fournisseurs), ce qui augmente la masse monétaire d’autant.
  • Par contre, lorsqu’une banque centrale achète des titres obligataires sur le marché secondaire à des vendeurs de titres, il y a moins de garanties que cette monnaie “banque centrale” se retrouve dans les agrégats monétaires et devienne de la monnaie. Pourquoi ? Parce que cette monnaie “banque centrale” ne financera pas forcément des besoins. Elle pourra financer également des placements.

En effet, les vendeurs de titres de dettes sur le marché secondaire les ont achetés pour placer de l’argent. Ils peuvent les revendre parce qu’ils ont besoin de cet argent, mais aussi pour placer sur d’autres supports. Et dans ce dernier cas, il y a fort à parier que la monnaie créée par la banque centrale ne se retrouvera pas dans les agrégats monétaires (si les banques achètent des actifs risqués par exemple).

Pour résumer, ce n’est pas parce qu’une banque centrale crée de la monnaie “banque centrale” qu’elle crée de la monnaie au sens des agrégats monétaires. Pour qu’il y ait création monétaire, il faut que cette monnaie “banque centrale” se retrouve dans les agrégats monétaires. Par conséquent,

  • Si cette monnaie est investie dans des supports qui ne sont pas dans les agrégats monétaires, alors il n’y a pas de création monétaire. Il y a en revanche un fort risque de bulle spéculative, comme en témoigne l’évolution des marchés boursiers.
  • Et s’il n’y a pas création monétaire, les injections de liquidités des banques centrales ne peuvent amener l’inflation vers sa cible. C’est d’ailleurs bien pour cette raison que l’option d’une distribution de monnaie banque centrale directement aux agents économiques est parfois avancée (monnaie hélicoptère) afin de relancer l’inflation et l’activité :
  • “Parmi les nouveaux instruments possibles de politique monétaire, l’option communément nommée « monnaie hélicoptère » devrait être rendue possible pour relancer l’inflation dans le cas où cette dernière demeurerait trop faible de manière persistante. Sous la forme d’un transfert direct de la Banque centrale aux individus, renouvelé tant que la cible d’inflation n’est pas atteinte, il s’agirait d’un instrument efficace.” (Que peut encore faire la Banque centrale européenne ?, Les notes du conseil d’analyse économique, juin 2021)

Pourquoi réguler la quantité de monnaie en circulation ?

L’objectif des banques centrales au travers de la politique monétaire n’est pas uniquement d’assurer le bon fonctionnement du système bancaire. Il est aussi de contrôler la masse monétaire en circulation afin de fournir les liquidités nécessaires à la croissance de l’économie tout en assurant la stabilité des prix. L’augmentation de la quantité de monnaie disponible dans l’économie ne doit être ni trop faible ni trop rapide par rapport à la croissance de l’économie, afin d’éviter tout épisode d’inflation ou de déflation.

  • L’inflation se caractérise essentiellement par une hausse générale des prix des biens et services sur une période prolongée qui conduit à une baisse de la valeur de la monnaie et, par conséquent, du pouvoir d’achat.
  • La déflation est souvent définie comme le contraire de l’inflation, à savoir une situation de baisse générale des prix sur une période prolongée.

Ainsi dans la zone euro, l’objectif de la BCE est de parvenir à une inflation de l’ordre de 2 % par an. Pour atteindre cet objectif, les banques centrales disposent d’outils conventionnels dont les principaux sont les taux directeurs. Lorsque ces outils sont inefficaces et que la baisse des taux ne stimule plus l’économie et ne permet pas d’atteindre la cible d’inflation, les banques centrales déploient des politiques non conventionnelles de type Quantitative easing. Afin de relancer l’inflation et l’activité, elles injectent des liquidités dans l’économie (et créent de la monnaie si ces liquidités se retrouvent dans la masse monétaire).

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Dessine-moi l’éco : La création monétaire, un taux d’inflation à contrôler

Il est d’autant plus important de réguler la monnaie en circulation qu’une création qui semblerait sans limite (argent magique) minerait inévitablement la confiance dans cette monnaie. Il y a d’ailleurs fort à parier que les politiques monétaires non conventionnelles et l’accroissement d’un endettement des États financé par création monétaire favorisent l’essor de cryptomonnaies, dont la rareté apparaît alors comme un gage de solidité. À tort ?

Note: Cet article de blog reprend des ressources documentaires trouvées sur différents sites parmi lesquels