Bitcoin : vers l’infini et au-delà ?

Economie

Jan 15

Le bitcoin atteint une valorisation record en ce début d’année 2021. Folie spéculative ou prémices d’une révolution ?

 


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En ce début d’année 2021, une frénésie spéculative semble s’être emparée du bitcoin. Sa valeur a explosé et se situe aux alentours de 40 000 dollars. Mais savez-vous vraiment ce qu’est le bitcoin ?

Qu’est-ce que le bitcoin ?

Le bitcoin est une monnaie virtuelle créée en 2009 par une personne non identifiée dont le pseudonyme est Satoshi Nakamoto.

Le bitcoin n’a pas de support physique, il n’est pas régulé par un organe central, et sa valeur n’est indexée sur aucune devise légale ni matière première.

 

Qui est Satoshi Nakamoto ?

Satoshi Nakamoto (聡中本 où 中本 ) est le pseudonyme de la personne ou du groupe de personnes qui, de 2009 à 2010, ont conçu et créé bitcoin, et le logiciel bitcoin-QT (aujourd’hui bitcoin Core). C’est aussi le fondateur de bitcoin.org et du forum bitcointalk.

Satoshi Nakamoto a affirmé avoir travaillé sur bitcoin depuis 2007. En 2008, il réserve le nom de domaine bitcoin.org puis publie un document sur une liste de diffusion décrivant son invention. En 2009, il sort la première version du logiciel bitcoin-QT et crée les premières unités de la monnaie.

Satoshi Nakamoto publie son dernier message sur le forum bitcointalk qu’il a créé le 12 décembre 2010. Juste avant son départ, il désigne Gavin Andresen comme son successeur en lui donnant accès au projet SourceForge bitcoin et une copie de la clé d’alerte qui permet de prévenir le réseau d’événements importants par la diffusion d’un message à tous les clients bitcoin.

En mai 2011 il communique pour la dernière fois avec d’autres contributeurs bitcoin à qui il écrit :

“Je suis passé à autre chose et je ne serai probablement plus là à l’avenir.”

Pendant une longue période, Satoshi Nakamoto fut le seul mineur en activité. Sa fortune serait proche du million de bitcoins.

Qui se cache derrière le pseudonyme de Satoshi Nakamoto ?

Plusieurs hypothèses circulent.

Tout d’abord, le virtuose finlandais de l’informatique Martti Malmi. C’est lui qui aurait réalisé la toute première transaction. Son nom a disparu du site de bitcoin le jour où Satoshi Nakamoto a cessé de répondre aux internautes.

Pour le magazine américain “New Yorker”, le créateur de bitcoin serait en fait Michael Clear, un irlandais spécialiste des codes informatiques. Autre grand favori : un groupe de chercheurs, composé de Neal King, Vladimir Oksman et Charles Bry.

D’autres parlent de Nick Szabo, informaticien et que certains journalistes présentent comme un ancien professeur de l’école de droit de l’Université George Washington (ce qu’il dément).

Trois autres professionnels sont jugés des candidats sérieux, mais moins plausibles que les précédents : Jed McCaleb, (qui a créé la plateforme d’échange MtGox), Shinichi Mochizuki (un mathématicien de génie japonais spécialisé dans la théorie des nombres) et Vili Lehonvirta (un économiste finlandais, ancien programmeur de jeux vidéo).

C’est plus farfelu et moins probable mais pour certains le créateur de bitcoin pourrait également être le fait d’un consortium de quatre groupes technologiques regroupant SAmsung TOSHIba, NAKAmichi et MOTOrola : mis bout-à-bout les premières initiales forment le nom SATOSHI NAKAMOTO.

source : bitcoin.fr

 

Le bitcoin n’est pas émis et administré par une autorité bancaire. C’est une crypto-monnaire qui repose sur la blockchain, un protocole informatique complexe qui permet de stocker et transmettre des informations de manière transparente, sécurisée et sans organe central de contrôle.

Une crypto-monnaie est une suite de chiffres stockés sur un ordinateur sous la forme de chaînes de blocs, dont le principe est le suivant :

“Prenez une base de données. Autorisez n’importe qui à effectuer des changements dans cette base de données, à la seule condition de se déclarer “membre”. Mettez en place une procédure de contrôle très longue et très complexe qui doit être opérée à chaque fois qu’un certain nombre (“bloc”) de changements est demandé. Cette procédure est effectuée non pas par un contrôleur unique, mais par tous les “membres” volontaires. Une fois validé, le “bloc” de changements est daté et ajouté aux autres dans le registre. Enfin, autorisez la lecture du registre à tout le monde, et vous avez une base de données en chaîne de blocs” Les Échos Investir

Le système blockchain est transparent et sécurisé

Les applications potentielles de la Blockchain dépassent les seules crypto-monnaies. Cette technologie pourrait permettre de se passer de tiers de confiance dans les transactions financières, juridiques ou administratives. Finis les actes notariés, les registres d’état civil ou encore les cadastres.

Comment créer des bitcoins ?

Les personnes qui fabriquent des bitcoins sont appelées des mineurs. Ils font partie intégrante du processus car ils confirment les transactions qui ont lieu sur la blockchain.

Pour confirmer une transaction, un mineur doit trouver le produit d’une fonction cryptographique qui connecte le nouveau bloc à son prédécesseur. En échange de ses services (et de la puissance de calcul mobilisé à cette fin), il obtient des bitcoins. La somme gagnée par un mineur est proportionnelle à sa puissance de calcul.

Miner une crypto-monnaie, c’est résoudre un problème cryptographique nécessitant une puissance de calcul relativement importante. Cela permet de toucher de nouvelles unités de la crypto-monnaie en question. Pratiquement, pour miner une crypto monnaie, il faut installer sur son ordinateur un logiciel qui sollicitera le processeur et/ou la carte graphique pour résoudre ce problème cryptographique.

Le bitcoin est cependant devenu trop difficile à miner pour les particuliers, notamment en raison du halving. Le halving est un événement (qui survient environ tous les quatre ans) durant lequel la récompense des mineurs est divisée par deux. Ce schéma permettra d’atteindre d’ici 2140 le maximum de 21 millions de bitcoins en circulation, comme l’a prévu Satoshi Nakamoto.

Le minage s’est professionnalisé et a lieu en partie dans des “fermes”, bâtiments qui accueillent des dizaines de milliers de serveurs tournant jour et nuit.

Ce besoin en puissance de calcul pour miner se traduit par une consommation électrique considérable. L’impact énergétique et environnemental de la blockchain est souvent avancé pour tempérer l’enthousiasme entourant cette nouvelle technologie.

Le bitcoin est-il une monnaie ?

Le bitcoin se définit comme une monnaie virtuelle. Cependant, afin d’être réellement considéré comme une monnaie, il doit remplir trois conditions.

    • Une monnaie est un moyen d’échange. La monnaie est un bien directement échangeable contre tous les autres biens. C’est un instrument de paiement qui permet d’acquérir n’importe quel bien ou service.

Or l’utilisation du bitcoin dans le commerce quotidien est plutôt anecdotique. Il n’est par exemple pas possible de verser des salaires en bitcoin.

    • Une monnaie est une unité de compte. La monnaie permet d’évaluer le prix de tous les biens, c’est une unité de compte qui permet de mesurer la valeur de biens hétérogènes.

Or, la forte volatilité du prix du bitcoin l’empêche de devenir une unité de compte. Un changement trop fort et trop fréquent du prix du bitcoin ne permet pas aux vendeurs d’afficher un prix fixe durant une certaine durée sans subir de risque.

La grande divergence des prix du bitcoin à un moment donné sur les différentes plateformes de marché est également un problème. Elle contredit la loi d’unicité des prix.

    • Une monnaie est une réserve de valeur. Elle permet à son détenteur de reporter sa consommation sans perdre trop de valeur. Dans cette fonction, la monnaie est jugée sur deux critères :
      • La monnaie doit être facile à conserver en sécurité, notamment contre les vols ou la perte. Dans le système monétaire officiel, les détenteurs de monnaie peuvent réduire considérablement les vols ou la perte en la conservant à la banque.
      • La valeur de la monnaie doit être stable dans le temps. Les banques centrales s’efforcent à l’heure actuelle de stabiliser le taux d’inflation à un niveau faible, ce qui permet de donner confiance aux agents économiques en la capacité de la monnaie officielle à conserver de la valeur pour le futur.

Le bitcoin peine à satisfaire ces deux critères, notamment en raison d’une dynamique de prix qui suit une logique spéculative.

Le bitcoin remplit mal les fonctions de moyen d’échange, d’unité de compte et de réserve de valeur associées à une monnaie.

Le bitcoin, par son principe de création et de fonctionnement, ne remplit pas non plus la fonction régulatrice d’une monnaie officielle dans l’économie moderne. Un obstacle majeur pour que le bitcoin remplisse le rôle d’une monnaie régulatrice de la production et de l’inflation provient de ce que sa quantité est limitée. C’est d’ailleurs en raison de cette limitation que l’or a été remplacé par la monnaie fiduciaire.

Le bitcoin a donc surtout les caractéristiques d’un actif très spéculatif avec la formation régulière de bulles spéculatives très exubérantes. Cette spéculation repose sur l’anticipation selon laquelle le bitcoin sera utilisé largement dans les transactions commerciales et financières, ce qu’empêche justement cette spéculation…

Le bitcoin n’est donc pas à proprement parler une crypto-monnaie. Ce serait plutôt un crypto-actif (un actif est un bien qui compose un patrimoine), une sorte d'”or numérique”. Ainsi par exemple en Iran, au Venezuela ou en Turquie, le bitcoin a été utilisé pour se prémunir de l’inflation galopante.

Le bitcoin pourrait ainsi constituer une forme de valeur refuge dans un contexte de politiques monétaires très accommodantes des grandes banques centrales. C’est d’ailleurs cette assurance contre la perte de valeur des monnaies qui est mise en avant par X. Delmas, de Zonebourse.

Lire cette vidéo sur YouTube.

Le bitcoin a-t-il une valeur ?

Le bitcoin n’est pas (encore) une monnaie mais un actif spéculatif et éventuellement une valeur refuge. Mais qu’est-ce qui fait la valeur du bitcoin ? Pourquoi accorder une telle valeur à une monnaie virtuelle sortie de nulle part dans quoi investir ?

Plusieurs facteurs expliquent la valorisation du bitcoin.

La confiance

La confiance est un facteur fondamental. Ce n’est pas la confiance dans le bitcoin qui explique la frénésie spéculative, mais elle la rend possible.

Ceux qui spéculent sur le bitcoin savent qu’ils peuvent perdre beaucoup mais aussi qu’ils peuvent gagner et qu’ils pourront échanger leurs bitcoins contre d’autres monnaies pour matérialiser leurs gains.

C’est aussi cette confiance qui conduit certaines personnes dont la monnaie nationale s’effondre à basculer var le bitcoin. La confiance dans le bitcoin se nourrit de la défiance envers les autres monnaies. C’est ainsi que les experts de Morgan Stanley n’excluent plus que le bitcoin puisse devenir une monnaie de réserve.

Lire cette vidéo sur YouTube.

La confiance dans le bitcoin s’explique aussi par la défiance envers les gouvernements et les institutions. Le bitcoin est une monnaie non régulée et sans État, c’est aussi ce qui séduit.

Cette confiance dans le bitcoin est également alimentée par la technologie sur laquelle il repose. La blockchain est ainsi reconnue comme une innovation technologique majeure.

Le nombre d’utilisateurs

Outre la confiance, la valeur du bitcoin provient aussi de la croissance de ses utilisateurs. L’intérêt affiché de Blackrock, premier gestionnaire d’actifs au monde, pour le bitcoin a d’ailleurs provoqué une forte hausse de son cours. L’investissement dans le bitcoin “pour faire comme tout le monde” traduit par ailleurs la popularité croissante de cet actif d’un nouveau genre.

Le coût de production

En retenant une approche classique par les coûts de production, il est clair que le bitcoin à une valeur intrinsèque puisqu’il nécessite une puissance de calcul importante (et un équipement approprié) qui génère en outre une consommation électrique élevée (sans parler de son impact négatif sur l’environnement). Ce lien entre coût de production et cours du bitcoin est d’ailleurs attesté par une activité de minage (et donc une dépense électrique) qui croît avec le prix du bitcoin. Plus le cours du bitcoin est élevé, plus l’activité de minage est rentable et se développe. Plus le cours est faible, moins cette activité est rentable et plus elle se réduit.

Cependant, ce n’est pas parce qu’il existe un lien entre la consommation électrique et le cours du bitcoin que la valeur découle du coût de production. Corrélation n’est pas causalité.

Rareté et utilité

En retenant une approche néoclassique de la valeur fondée sur la rareté et l’utilité, le bitcoin a également une valeur. Il est rare (son volume est connu à l’avance et n’excédera pas 21 millions) et même si son utilité reste encore limitée, elle est réelle. Comme nous l’avons vu précédemment, le bitcoin est parfois une valeur refuge et souvent un actif spéculatif. Son utilité est donc avérée, même si elle reste surtout spécultive.

La valeur du bitcoin semble finalement reposer quasi-exclusivement sur son caractère spéculatif. Pour autant, le bitcoin n’aurait-il de valeur que parce que les gens en veulent ? Non.

Si la spéculation autour du bitcoin cessait, sa valeur se stabiliserait et il pourrait alors devenir une véritable monnaie. Or, c’est aussi cette perspective d’une réelle utilité du bitcoin qui alimente la spéculation. La spéculation autour du bitcoin n’est donc pas totalement dénuée de fondement : elle parie sur la valeur future du bitcoin en tant que monnaie.

Le bitcoin, folie spéculative ET prémices d’une révolution ? C’est bien possible.

 

Le bitcoin est-il la monnaie des criminels ?

Le relatif anonymat dont bénéficient les acheteurs et vendeurs de bitcoin pourrait aussi être utile dans le cadre de transactions illicites. C’est ce qui a d’ailleurs conduit certains à considérer le bitcoin comme la «onnaie des criminels.

La réalité est néanmoins toute autre puisque l’usage des crypto-monnaies n’est pas anonyme, mais pseudonyme : les transactions peuvent être retracées jusqu’à l’adresse IP, laquelle contient des informations facilitant l’identification des individus.

Il est donc difficile d’utiliser des crypto-monnaies sans aucune trace. Le fonctionnement intrinsèque de la blockchain constitue au contraire un frein à une adoption massive par les criminels.

De plus, la part des transactions illicites sur la blockchain reste marginale (aux alentours de 1 % des transactions). Le dollar est bien plus utilisé à des fins criminelles que le bitcoin.

 

De la théorie à la pratique : Comment acheter des bitcoins ?

Il existe deux façons d’obtenir des bitcoins :

  • en vendant un bien ou un service et en demandant un paiement en bitcoins ;
  • en convertissant des devises classiques en bitcoins.

Pour convertir des euros en bitcoins, il faut s’enregistrer auprès d’un prestataire de services sur actifs numériques (PSAN). Les PSAN fournissent des services (en France) de conservation et/ou d’achat ou de vente d’actifs numériques en monnaie ayant cours légal et doivent obligatoirement être enregistrés auprès de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers). Si vous envisagez d’acquérir des bitcoins, vérifiez donc que votre interlocuteur est bin enregistré auprès de l’AMF.

En plus de recourir à un PSAN, vous devrez créer un portefeuille de titres afin de conserver vos bitcoins. Ce portefeuille pourra être numérique ou physique.

Il est également possible de s’exposer au bitcoin par l’intermédiaire de produits dérivés proposés par des courtiers en ligne. Le trading de bitcoins est notamment ainsi possible via des CFD.

La fiscalité du bitcoin

La loi de finances pour 2019 a introduit un nouveau régime soumettant les gains occasionnels de cession d’actifs numériques (dont les crypto-monnaies) réalisés par les particuliers à la Flat Tax, sans possibilité d’opter pour le barème progressif.

Pour être imposable, la cession doit avoir pour contrepartie un prix exprimé en monnaie ayant cours légal, un service ou un bien autre qu’un actif numérique. En cas d’échange d’actifs numériques, l’opération bénéficie d’un sursis d’imposition.

La plus ou moins-value est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d’acquisition. L’ensemble des opérations réalisées par le foyer fiscal au cours d’une même année est pris en compte pour déterminer une plus ou moins-value :

  • une plus-value est taxée à 30 %
  • une moins-value ne peut être imputée sur une plus-value de cession d’un bien autre qu’un actif numérique, ni reportée sur les années suivantes.

Les cessions réalisés qui n’excèdent pas un seuil annuel de 305 euros sont exonérées d’impôt.