Bourse : Quelles performances pour un profil prudent ?

Allocation d'actifs

Mar 13

Prudence

Cet article vise à fournir des éléments d’appréciation sur le rendement et le risque que vous pouvez attendre d’un profil « prudent ». Si un rendement annuel de 5 % semble envisageable, vous devrez le mériter. Découvrez comment et pourquoi.

 

« Prudence : Qualité qui permet d’apercevoir et d’éviter les dangers et les fautes, qui fait connaître et pratiquer ce qui est convenable dans la conduite de la vie. » (Académie Française)

 

Qu’est-ce qu’un profil « prudent » ?

Pour caractériser le profil de risque « prudent », l’échelle de risque qui se trouve dans les DICI (Document d’information clé aux investisseurs) a été utilisée. Le profil « prudent » a ainsi été défini en supposant que la volatilité du portefeuille devait être inférieure à 5 %, soit un indice de risque de 3 sur une échelle de 7.

 

Échelle de risque du DICI et volatilité associée

Échelle de risqueIntervalle de volatilité
(en %)
1[0 ;0,5[
2[0,5 ;2[
3[2 ;5[
4[5 ;10[
5[10 ;15[
6[15 ;25[
7>=25%
Note de lecture : un OPC dont le niveau de risque sera de 3 affichera un écart-type de son rendement hebdomadaire calculé sur les 5 dernières années supérieur ou égal à 2 % et inférieur à 5 %.
 

Qu’est-ce qu’une volatilité de 5 % ?

La volatilité d’un OPC correspond à l’écart-type de son rendement hebdomadaire sur les 5 dernières années. L’écart-type est un indicateur de dispersion. Plus il sera élevé, plus les rendements s’éloigneront de leur niveau moyen (à la hausse comme à la baisse). Si les rendements hebdomadaires d’un OPC suivent une loi normale et que le rendement moyen est de 5 % et la volatilité de 5 %, alors 70 % des rendements hebdomadaires seront compris entre 0 et 10 % (moyenne ± 1*écart-type), et 90 % entre -5 % et 15 % (moyenne ± 2*écart-type)

 

Moyenne et écart-type : tirages aléatoires à partir d’une loi normale

 

Dispersion faible (2 %)

exemple de dispersion faible à partir d'un loi normale
note de lecture : tirage aléatoire de 200 rendements suivant une loi normale de moyenne 0,05 et d’écart-type 0,02.

 

Dispersion forte (10 %)

exemple de dispersion forte à partir d'une loi normale
note de lecture : tirage aléatoire de 200 rendements suivant une loi normale de moyenne 0,05 et d’écart-type 0,1.

 
Qu'est-ce que le DICI ?

Introduit en 2011, le DICI (Document d’information clé aux investisseurs) est un document standardisé de 2 pages qui présente de manière succincte les caractéristiques d’un fonds : Il comprend 4 sections principales.

Objectif et Stratégie d’investissement

Cette section décrit brièvement le processus de gestion du fonds. Y figurent les principales classes d’actifs sur lesquelles le fonds peut investir, les zones géographiques, secteurs ou thématiques d’investissement, voire les biais de style. Cette partie précise aussi, le cas échéant, l’indice de référence auquel la performance du fonds peut être comparée. Enfin, doivent apparaître tous les autres facteurs susceptibles d’impacter la performance, notamment l’utilisation éventuelle de couvertures, d’effets de levier ou de techniques d’arbitrage.

Profil de rendement-risque

Le SRRI (Standardized Risk-Return Index) donne une indication du niveau de risque qu’on peut attendre du fonds. Il est calculé sur la base de données historiques de volatilité (écart-type mensuel sur les 5 dernières années) et est présenté sur une échelle de 1 à 7, où 1 reflète le niveau de risque le moins élevé et 7 est le niveau le plus risqué. Ces données sont uniquement basées sur la volatilité passée et n’ont donc pas nécessairement de valeur prédictive.

Dans cette section sont listés également d’autres risques qui peuvent impacter le fonds et qui ne sont pas forcément reflétés par les données historiques de volatilité, par exemple le risque de liquidité ou le risque lié aux produits dérivés.

Les frais

Cette partie énumère l’ensemble des charges qui s’appliquent à l’investisseur : frais de souscription et éventuels frais de sortie, frais courants, commissions de performance. Les frais courants sont basés sur le dernier exercice clos et représentent les frais fixes du fonds, que l’investisseur devra payer indépendamment de la surperformance ou sous-performance du fonds.

Le DICI précise ensuite l’existence ou non d’une commission de surperformance, sa structure, et le montant éventuel prélevé au titre de cette commission sur l’année précédente.

La performance

Cette dernière section présente la performance passée du fonds, nette de frais. Elle est affichée pour chaque année calendaire, depuis son lancement et comparée à son indice de référence.

source : Morningstar.fr

 

Quelle allocation d’actifs pour un profil prudent ?

 

note : l’allocation d’actifs et la simulation rétrospective ont été réalisés en utilisant les outils proposés par Quantalys (licence Pro).

 

Une allocation d’actifs respectant le critère de volatilité de 5 % a ensuite été effectuée, en utilisant la théorie de la frontière efficiente (Markowitz, 1952).

Afin d’obtenir une allocation qui soit la plus générale possible, elle a été réalisée dans le cadre d’un compte titres. Elle ne comporte donc aucun fonds en euros.

 

Allocation d’actifs – profil « prudent »

Classes d’actifsRépartition
Monétaire14 %
Obligations62 %
Europe52 %
Monde10 %
Actions24 %
France5 %
Europe7 %
États-Unis8 %
Pacifique4 %
 

Quelles performances sur les 15 dernières années ?

Les performances de cette allocation ont été recalculées sur les 15 dernières années, de mars 2003 à mars 2018. En retenant pour chaque classe d’actifs les performances moyennes des fonds correspondants, la rentabilité annuelle ressort à 5 % et la volatilité à 4,5 %. Investir dans une allocation d’actifs prudente sur les 15 dernières années aurait donc permis de doubler son capital.

 

Allocation prudente : +110 % sur la période mars 2003 – mars 2018

Backtest profil prudent 2003-2018
note : réalisé à partir des outils Quantalys.

 

Cette performance est significativement meilleure que celle de la moyenne des fonds en euros. Alors que l’allocation prudente affiche un rendement de 110 % sur 15 ans, celle des fonds euros dépasse de peu 60 % (62 %, source : toutsurmesfinances.com). En tenant compte d’une inflation de 22 % sur la période (source : Insee ), le gain de pouvoir d’achat d’un placement sur un fonds en euros s’établit à 40 %, contre plus du double pour l’allocation d’actifs prudente (88 %).

Un portefeuile qui rapporte 5 % par an ? Un objectif envisageable, à condition de s’en donner les moyens

Si vous investissez selon un profil prudent, vous pouvez donc obtenir un rendement double de celui des fonds en euros. Intéressant, non ?

Oui, sauf que ce ne sera pas aussi simple.

  • Tout d’abord, et il faut le rappeler, les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ainsi, il n’existe aucune garantie quant au rendement de cette allocation d’actifs prudente.
  • Ensuite, le rendement et la volatilité de cette allocation ont été calculés en retenant des rendements moyens. Or quand vous construirez votre portefeuille, vous y mettrez des fonds et non des moyennes. Choisissez-les bien car des fonds d’une même catégorie peuvent afficher des performances éloignées.
  • Des disparités fortes au sein d’une même catégorie

    Les performances contrastées de fonds d'une même catégorie
    note: performances de deux fonds appartenant à la même catégorie, « Obligations europe diversifiées ». Réalisé à partir des outils Quantalys.

     
  • Enfin, compte tenu d’évolutions différentes, les parts des composantes de votre portefeuille se modifieront.
  • Par ailleurs, toute allocation d’actifs nécessite ainsi des hypothèses sur les rendements et les corrélations futurs des différentes classes d’actifs. Elle est donc inévitablement fragile.

Fragilité de l’allocation initiale, performances incertaines, et si cela rendait finalement le fonds en euros attractif ?

Suivez votre portefeuille si vous voulez de bons résultats

Pour obtenir de bons résultats et évitez les mauvaises surprises, quelques précautions s’imposent.

Vous ne pouvez pas mettre de moyennes dans votre allocation d’actifs mais vous disposez de plusieurs options pour choisir vos fonds :

  • Vous pouvez retenir plusieurs fonds par classe d’actifs. La diversification vous permettra de réduire le risque. En diversifiant, vous pourrez obtenir des évolutions proches de la moyenne.
  • Vous pouvez envisager de ne retenir que des fonds ayant des performances supérieures à la moyenne (rappelez-vous néanmoins que les performances passées ne préjugent pas des performances futures.)
  • Vous pouvez choisir d’utiliser des trackers, fonds dont l’objectif consiste à répliquer une indice, à condition qu’il existe des trackers pour les classes d’actifs que vous aurez retenues.

Parce que les performances ne sont pas garanties et que la structure de votre portefeuille se modifiera au cours du temps, vous devrez le suivre régulièrement. Vous pourrez ainsi réajuster la structure de votre portefeuille pour le faire coller à l’allocation cible.

Ce suivi vous permettra également de procéder aux arbitrages nécessaires, lorsqu’un fonds affichera des performances anormales (rendements fortement négatifs ou volatilité trop élevée par rapport à l’échelle de risque).

Une autre précaution que vous devrez prendre concerne l’acquisition des fonds qui composeront votre portefeuille. Pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas sûr d’investir au meilleur moment. En conséquence, au lieu d’effectuer un versement unique, il est préférable d’opter pour des versements réguliers. Vous pourrez ainsi lisser le prix d’acquisition. Ainsi, si vous disposez d’un capital à investir, il est donc préférable de le placer d’abord sur un support sans risque et d’effectuer des versements réguliers pour basculer progressivement du support sans risque vers votre allocation d’actifs cible.

Compte tenu des performances passées, vous pouvez envisager qu’une allocation d’actifs prudente vous rapporte entre 4 et 5 % par an. Pour obtenir ce rendement, vous devrez néanmoins organiser un suivi strict de votre portefeuille et procéder aux arbitrages nécessaires. Si vous n’avez pas envie de le faire, vous pouvez le faire faire. Mais ça, c’est une autre histoire (racontée ici).

 

(2) commentaires

Add Your Reply