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Placements atypiques : In vino veritas ?

Divers

Août 24

Investir dans le vin - small

Compte tenu d’une évolution favorable des prix et de son ancrage dans le patrimoine culturel français, l’investissement dans le vin semble constituer une alternative prometteuse aux supports traditionnels dont les rendements s’érodent. In vino veritas ?

 

Une recherche de rendement qui conduit à se tourner vers des placements atypiques

Le rendement des fonds en euros de l’assurance-vie décline tandis que le prix de l’immobilier reste élevé alors que les loyers n’augmentent plus. Quant au taux du livret A, il s’établit à 0,75 %. Même si ces placements conservent un rendement réel positif en raison d’une très faible inflation, leur moindre attractivité s’accompagne d’un essor des placements dits « atypiques ».

 
Rendement réel : qu'est-ce que c'est ?

Le rendement réel correspond au rendement nominal corrigé de l’inflation (l’évolution des prix). Ainsi, lorsqu’un placement affiche un rendement de 3 % et que l’inflation s’élève à 1 % sur la même période, alors le rendement réel s’établit à 3 % – 1 % = 2 %.

Le rendement réel ne doit pas être confondu avec le rendement net, qui correspond au rendement brut diminué des frais et de la fiscalité. Il est possible de calculer un rendement brut ou un rendement net réel.

 

Les placements « atypiques » forment un ensemble hétérogène où le vin et la forêt côtoient les terres rares, les manuscrits ou encore les diamants. Si les rendements promis sont élevés, plusieurs risques ont cependant été identifiés :

  • Le risque de liquidité : s’ils sont faciles à acheter, les placements atypiques sont parfois plus difficiles à céder. Or en l’absence d’acheteur, pas de vente possible. Il convient donc de s’assurer de l’existence d’un marché suffisamment développé pour permettre une vente dans un délai et des conditions convenables.
  • Le risque de perte en capital : les rendements annoncés sont élevés, les risques le sont donc tout autant. Les placements atypiques sont le plus souvent des placements spéculatifs (le gain qu’ils procurent résulte de la plus-value de cession, et non de flux de revenus réguliers) dont le prix varie à la hausse comme à la baisse.
  • Le risque lié à l’émetteur du produit : une perte en capital peut également être subie en cas de faillite ou de disparition de la société qui propose le placement. Il ne s’agit pas d’une simple hypothèse théorique, comme en témoignent les récents déboires de la société Aristophil, spécialisée dans les manuscrits et lettres anciennes.
  • Enfin, comme le souligne l’AMF dans son comparatif des placements et des risques associés, les placements atypiques ne sont généralement pas soumis aux règles protectrices couvrant les solutions classiques.

Par ailleurs, à la suite de promesses de rendement irréalistes accompagnant certains de ces actifs, l’Autorité des Marchés Financiers est intervenue pour inciter les investisseurs à la vigilance et à la prudence.

« Les publicités invitant les particuliers à investir dans des placements, dits « atypiques » se multiplient. Panneaux solaires, chevaux de course, vin, forêts, diamants, œuvres d’art, manuscrits anciens, voitures de collection… : ces produits séduisent des épargnants en quête de rendements plus attractifs que ceux des placements traditionnels.

Mais attention ! Si placer dans des biens concrets peut paraître rassurant, malheureusement, il s’agit le plus souvent d’un faux-semblant. Loin de constituer des valeurs refuges, ces investissements sont généralement risqués, les rendements annoncés irréalistes et les mauvaises pratiques abondent. À déplorer notamment, des présentations biaisées minorant les risques de pertes, la mise en avant de garanties en capital inexistante, voire des escroqueries pures et simples.

Avant de se décider, les épargnants doivent donc redoubler de vigilance et se souvenir qu’il n’existe pas de rendement élevé sans risque élevé. Tout autre discours est mensonger ou peut cacher une arnaque. »

Source : AMF

Le message est donc clair : n’oubliez jamais qu’un rendement élevé sans risque n’existe pas. Renseignez-vous avant d’investir dans un placement atypique, et ne vous précipitez pas. Choisissez un investissement que vous comprenez et n’y placez qu’une fraction limitée de votre patrimoine. Les placements atypiques sont des instruments de diversification qui ne doivent en aucun cas servir à financer vos projets essentiels (préparation de votre retraite, étude de vos enfants…).

Même s’il paraît moins exotique que certains produits, le vin peut être considéré comme un placement atypique. A ce titre, la prudence s’impose. L’investissement dans le vin peut s’effectuer soit par l’acquisition de bouteilles, soit par l’achat d’une fraction d’une parcelle de vigne au travers d’un GFV (Groupement Foncier Viticole). L’achat d’un vignoble en direct constitue une troisième possibilité qui ne sera cependant pas abordée en raison de son coût prohibitif, très souvent incompatible avec les capacités d’un investisseur en quête de diversification patrimoniale.

Investir pour spéculer sur le prix du vin : pour les experts à la recherche de sensations fortes

 
Liv-ex Bordeaux 500

source : Liv-ex

Note : Liv-ex Bordeaux 500 est l’indice le plus global de Liv-ex et il reflète les tendances sur le marché des vins fins dans son ensemble. Il représente les variations des prix de 500 des principaux vins et il est calculé mensuellement en utilisant Liv-ex Mid Price. L’indice a été antidaté à décembre 2003.

 

Compte tenu de l’évolution des différents indices de prix du vin, il peut être tentant d’acheter des bouteilles de vin en espérant les revendre après quelques années en dégageant une plus-value. Cette approche purement spéculative est facilitée par le développement de plateformes spécialisées qui vous permettent de vous constituer une cave. Certaines vous proposent même de conserver votre vin dans des conditions optimales.

S’il est devenu facile de se constituer une cave, encore faut-il choisir les bonnes bouteilles et les conserver suffisamment longtemps pour espérer dégager une plus-value. Pour être pertinente, cette approche spéculative nécessite donc du temps et une certaine expertise. En conséquence, certaines plateformes ont développé des solutions permettant de déléguer la constitution, la gestion, l’entreposage et la revente d’une cave à un professionnel. Attention cependant, car ce service a un coût. En outre, ce n’est pas parce qu’un professionnel s’occupe de la revente qu’il y parviendra au meilleur prix. Le marché du vin n’est que partiellement organisé et pour les particuliers, il s’agit d’un marché de gré à gré. Comme pour la plupart des placements atypiques, vendre peut donc se révéler une tâche délicate.

Concernant les plus-values de cession de bouteilles ou lots de vin, celles-ci sont soumises à la fiscalité des plus-values des biens meubles. Elles sont soumises à l’impôt au taux forfaitaire de 34,5 % (19 % de prélèvement obligatoire auxquels s’ajoutent 15,5 % de prélèvements sociaux). Des exonérations sont cependant prévues par la loi :

Par ailleurs, les biens meubles corporels (dont le vin) doivent être déclarés à l’ISF le cas échéant.

Vous l’aurez compris, spéculer sur le vin n’offre aucune garantie de succès (le succès n’est cependant pas impossible). Le marché demeure relativement peu liquide et en conséquence, les variations de prix peuvent être importantes. Vous devrez donc impérativement vous armer de patience et accepter l’idée d’une perte en capital.

Les parts de GFV (Groupement Foncier Viticole) : pour les amateurs de vin qui souhaitent alléger leur ISF et/ou transmettre à moindre coût

Les GFV fonctionnent comme les Sociétés Civiles de Placement Immobilier (SCPI). Il s’agit de souscrire des parts qui permettent de devenir associé d’une société civile dont l’objet est d’acquérir des vignes pour les donner à bail à long terme à des exploitants viticulteurs.

A l’instar de la spéculation sur les bouteilles de vin, le détenteur de parts de GFV peut dégager une plus-value lorsque la valeur des parts augmente (cette valeur est indexée sur le prix du foncier). Il conviendra cependant d’être vigilant sur le choix du GFV afin de s’assurer d’une liquidité satisfaisante des parts. Si des listes d’attente de souscripteurs existent, elles sont réservées aux appellations les plus prestigieuses.

En revanche, les parts de GFV fournissent également un revenu régulier à leur détenteur, en numéraire ou en bouteilles (ce revenu est soumis à la fiscalité des revenus fonciers). Le rendement reste néanmoins limité (aux alentours de 2 %), même s’il peut être augmenté par la possibilité qu’offrent certains GFV d’acheter des bouteilles à un tarif préférentiel.

En conséquence, l’investissement dans un GFV adossé à une appellation prestigieuse pourra satisfaire les amateurs de vins à la recherche d’une diversification. Les perspectives de gain seront peut-être moins élevées que pour l’acquisition de bouteilles en direct, mais les risques seront également moindres. En outre, les parts de GFV bénéficient sous certaines conditions d’avantages fiscaux non négligeables.

  • Impôt de Solidarité sur la fortune : les parts de GFV sont valorisées à l’ISF à hauteur de 25 % de leur valeur jusqu’à 101 897 euros et à 50 % au-delà. Le bénéfice de cet avantage est néanmoins réservé aux parts détenues depuis au moins deux ans (délai apprécié au 1er janvier de l’année d’imposition).
  • Succession et donation : les parts de GFV sont également exonérées des droits à hauteur de 75 % dans la limite de 101 897 euros par bénéficiaire et de 50 % au-delà de ce seuil. Le bénéfice de cette exonération est accordé aux parts détenues depuis plus de deux ans et à condition que le bénéficiaire les conserve au moins cinq ans à compter de la transmission.

Concernant plus-values résultant de la cession de parts de GFV, celles-ci sont soumises au régime des plus-values immobilières des particuliers . Ainsi, la plus-value est exonérée si la cession est inférieure à 15 000 euros. Si ce seuil est difficile à respecter pour une habitation, il l’est beaucoup plus pour des parts de GFV. Il est en effet possible d’investir dans un GFV (même prestigieux) pour moins de 10 000 euros.

Quelles que soient ses modalités, l’investissement dans le vin conserve donc une dimension spéculative forte. A ce titre, il doit rester un outil de diversification et représenter une part très limitée du patrimoine. Il pourra convenir aux amateurs de vin, surtout si ceux-ci cherchent à minorer leur ISF ou transmettre à moindre coût.

Pour en savoir plus

 

Capital.fr – Le vin, un bon plan pour diversifier vos placements

LaTribune.fr – Le vin est-il un bon placement ?

LeParticulier.fr – Investir dans le vin, concilier plaisir et rendement

LeParticulier.fr – Groupement foncier viticole, la vigne en parts

LeMonde.fr – Les nouvelles façons d’investir dans le vin

L’express – Votre Argent – Le groupement foncier viticole : pour échapper à l’ISF et aux droits de succession