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France 2017 : faut-il craindre un retour de l’inflation ?

Economie

Fév 12

France 2017 - Faut-il craindre un retour de l'inflation ?

L’inflation est de retour, comme en témoigne le niveau de 1,4 % atteint en janvier 2017. Si cet épisode inflationniste devrait être de courte durée, il pourrait néanmoins générer des tensions au sein de la zone euro si l’inflation devait dépasser la cible de la BCE fixée à 2 %.

 

La hausse des prix s’accélère et atteint +1,4 % en janvier 2017

La publication des chiffres de l’Insee et d’Eurostat en fin d’année 2016 ont révélé une (modeste) accélération de l’inflation : l’Insee a fait état d’une croissance de +0,6 % des prix sur un an en France, tandis qu’Eurostat a publié une inflation de +1,1 % en zone euro. Ces niveaux qui restent faibles tranchent néanmoins avec une inflation quasi-nulle depuis 2 ans. L’inflation que l’on croyait disparue est de retour.

 
Qu'est-ce que l'inflation ?

L’inflation est la perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix. Elle doit être distinguée de l’augmentation du coût de la vie. La perte de valeur des unités de monnaie est un phénomène qui frappe l’économie nationale dans son ensemble, sans discrimination entre les catégories d’agents.

Pour évaluer le taux d’inflation on utilise l’indice des prix à la consommation (IPC). Cette mesure n’est pas complète, le phénomène inflationniste couvrant un champ plus large que celui de la consommation des ménages.

Source : Insee

 

Force est de constater que le retour de l’inflation semble bien réel puisque la première estimation provisoire de l’Insee pour janvier 2017 confirme l’accélération de la hausse des prix et un niveau d’inflation inconnu depuis 2012 :

 

« Sur un an, les prix à la consommation accéléreraient nettement en janvier 2017 (+1,4 % après +0,6 % en décembre 2016) selon l’estimation provisoire réalisée fin janvier. L’inflation atteindrait ainsi son plus haut niveau depuis novembre 2012. » (Insee, Pdf)

 

Après plusieurs années d’inflation faible qui avaient conduit à envisager un monde sans inflation et à craindre l’apparition d’une spirale déflationniste, il semblerait donc que l’inflation effectue un come back inattendu. Faut-il pour autant s’en réjouir ? Quelles en seront les conséquences ?

 

L’inflation en France

OCDE (2017), Inflation (IPC) (indicateur). doi: 10.1787/29ad7eaf-fr
Lien permanent https://data.oecd.org/chart/4Jw0

 

Une inflation qui devrait rogner le pouvoir d’achat des ménages

Faut-il se réjouir de ce retour de l’inflation qui éloigne le spectre de la déflation ? Non, car cette inflation ne découle pas d’une économie qui se porterait mieux.

Quatre grandes causes de l’inflation peuvent être distinguées : l’inflation par les coûts, par la demande, par la monnaie, et l’inflation importée.

  • L’inflation par les coûts découle d’une hausse des coûts de production, salaires ou consommations intermédiaires. Cette hausse réduit les marges des entreprises, qui peuvent alors décider d’augmenter leurs prix. En répercutant la hausse des coûts sur leurs consommateurs, elles créent de l’inflation.
  • L’inflation par la demande s’explique par une demande de produits ou de services supérieure à l’offre. Dès lors que l’offre ne peut s’ajuster à la demande par les quantités, elle s’ajuste par les prix.
  • L’inflation par la monnaie constitue un cas particulier d’inflation par la demande. Elle trouve son origine dans une augmentation excessive de la masse monétaire. La monnaie circulant dans l’économie devient trop importante par rapport aux biens et services offerts, ce qui créé un excès de demande qui génère de l’inflation.
  • L’inflation importée provient d’une hausse des prix des importations. Elle touche les ménages comme les entreprises et sera d’autant plus élevée que ces produits ne pourront être remplacés par des produits domestiques. La hausse du prix de l’énergie (gaz et pétrole) constitue ainsi une source majeure d’inflation importée.

Si l’inflation est relativement acceptable lorsqu’elle s’accompagne d’une croissance suffisante pour en payer le coût, la situation se complique lorsque l’activité est faible et ne permet pas d’absorber ce coût. Alors qu’une inflation par la demande ou par les rémunérations dans un contexte de croissance élevée et de chômage bas peut être considérée comme une « bonne » inflation, il n’en va pas de même pour une inflation importée dans une économie atone. Dès lors qu’elle provoque une perte de pouvoir d’achat pour les ménages (la situation économique ne permet pas l’ajustement de leurs revenus), elle peut être qualifiée de « mauvaise » inflation. Or d’après l’Insee, le retour de l’inflation en France provient très largement d’une hausse des prix de l’énergie :

 

« Cette plus vive augmentation [des prix à la consommation] proviendrait surtout de l’accélération marquée du prix des produits énergétiques, liée d’une part à l’envolée des cours du Brent et d’autre part à une fiscalité accrue des produits pétroliers. » (Insee)

 

Prix de l’énergie – France

OCDE (2017), Inflation (IPC) (indicateur). doi: 10.1787/29ad7eaf-fr
Lien permanent https://data.oecd.org/chart/4Jxu

 

Dans un contexte où la croissance demeure faible (elle devrait s’établir entre 1 % et 1,5 % en 2017 après 1,1 % en 2016 et 1,2 % en 2015), l’inflation devrait peser sur les ménages. Le chômage élevé ne permettra vraisemblablement pas aux salariés d’obtenir une augmentation correspondante de leurs rémunérations. Ainsi comme le rapporte Guillaume de Calignon dans un article des Échos, l’Insse reconnaît que,

 

« l’inflation remonte un peu plus vite qu’attendu et cette hausse va rogner un peu le pouvoir d’achat des ménages »

 

Concernant les revenus du capital, l’inflation devrait également conduire à l’érosion du rendement des placements « sans risque ». Or, l’épargne des ménages est investie à plus de 75 % sur des placements garantis. Si les taux de l’épargne réglementée pourraient remonter légèrement (le taux du livret A dépend de l’inflation), la poursuite de la baisse des rendements des fonds en euros pourrait provoquer l’apparition de rendements réels négatifs. Pour mémoire, plusieurs fonds euros des contrats d’assurance-vie des banques traditionnelles ont délivré un rendement nettement inférieur à 1,5 % en 2016

 

 

Source : AMF

Le retour de l’inflation peut-il forcer la BCE à interrompre sa politique d’assouplissement quantitatif ?

Cette hausse de l’inflation largement alimentée par la hausse des prix de l’énergie ne devrait cependant être que temporaire. L’inflation devrait ensuite retrouver un niveau plus proche de son sous-jacent, aux alentours de 1 %. D’après les économistes de Natixis (source : Guillaume de Calignon,Les Échos),

 

« l’accélération de l’inflation devrait durer jusqu’à la fin du premier trimestre, quand les prix du pétrole se seront stabilisés »

 
Qu'est-ce que l'inflation sous-jacente ?

l ‘indice d’inflation sous-jacente est un indice désaisonnalisé qui permet de dégager une tendance de fond de l’évolution des prix. Il traduit l’évolution profonde des coûts de production et la confrontation de l’offre et de la demande. Il exclut les prix soumis à l’intervention de l’État (électricité, gaz, tabac…) et les produits à prix volatils (produits pétroliers, produits frais, produits laitiers, viandes, fleurs et plantes…) qui subissent des mouvements très variables dus à des facteurs climatiques ou à des tensions sur les marchés mondiaux.

L’indice d’inflation sous-jacente est corrigé des mesures fiscales (hausse ou baisse de la TVA, mesures spécifiques sur les produits…) de façon à neutraliser les effets sur l’indice des prix de la variation de la fiscalité indirecte ou des mesures gouvernementales affectant directement les prix à la consommation. L’inflation sous-jacente est ainsi plus adaptée à une analyse des tensions inflationnistes, car moins perturbée par des phénomènes exogènes.

Source : Insee

 

Inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie)

OCDE (2017), Inflation (IPC) (indicateur). doi: 10.1787/29ad7eaf-fr
Lien permanent https://data.oecd.org/chart/4JyG

 
 

Il semblerait donc que parler d’un retour de l’inflation soit excessif, d’autant plus que l’inflation devrait rester éloignée du niveau cible de la BCE de 2 %. L’épisode actuel ne devrait pas se prolonger, et son impact sur le pouvoir d’achat restera limité. Par ailleurs, dans un contexte de tensions sur les taux souverains liées à un contexte politique national et international incertain, ce bref retour de l’inflation permet de maintenir les taux réels à des niveaux très bas (cf. Éric Heyer, économiste à l’OFCE, dans la vidéo en fin d’article).

Si le niveau d’inflation ne devrait pas se révéler problématique en France, la situation pourrait être différente en Allemagne. En janvier, l’inflation y a en effet atteint 1,9 % en glissement annuel, soit un niveau proche de la cible de la BCE. Or, la combinaison de taux d’intérêt proches de zéro et une d’une inflation de l’ordre de 2 % se révèle particulièrement pénalisante pour les épargnants allemands.

Cependant, tous les pays de la zone euro ne connaissent pas la même situation au regard de l’inflation. Comme le fait remarquer Marie Viennot, chroniqueuse économique à France culture,

 

« Il y a trois groupes de pays dans la zone euro en ce moment au regard de l’inflation.

  • Ceux qui sont au dessus d’une inflation à 1,5 %. On y trouve la Belgique, l’Allemagne donc, les trois pays baltes, le Luxembourg, l’Autriche.
  • Ceux qui sont entre 0,5 % et 1,5 %, dont la France, les Pays Bas, le Portugal
  • Un troisième groupe, en dessous de 0,5 %, avec l’Italie, Chypre, l’Irlande, la Grèce, la Slovaquie. »
 

Cette situation reste tenable tant qu’aucun pays ne connaît une inflation supérieure à 2 %. Lorsque cela se produira, des voix s’élèveront pour que la BCE interrompe sa politique d’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) ou remonte ses taux directeurs afin que les taux souverains retrouvent un niveau compatible avec l’inflation. Les pays à faible inflation appelleront en revanche à un maintien de la politique accommodante de la BCE.

Si l’épisode inflationniste actuel provoqué par la hausse des prix de l’énergie ne devrait avoir qu’un impact relativement faible, il risque de pousser l’inflation de certains pays au-delà de la cible de la BCE. Il en résulterait alors des tensions au sein de la zone euro quant à la politique monétaire à adopter. Dans un contexte international incertain, une division de la zone euro ne pourrait que lui être préjudiciable.

Pour en savoir plus : une intervention d’Éric Heyer, économiste à l’OFCE